Le Blog de Sacrebopol

CONSTRUCTEUR AUTODIDACTE D'UN BARRAGE

BAS-CONGO: DONATIEN KAMBU CONSTRUCTEUR AUTODIDACTE D'UN BARRAGE
Matadi, le 24-04-2009

(Syfia Grands Lacs/RD Congo) Donatien Kambu est arrivé à produire de l’électricité grâce à un micro-barrage construit avec les moyens du bord. Sans aucun soutien, ce septuagénaire ingénieux se bat à présent pour augmenter la capacité de son installation et éclairer tout son village, au Bas-Congo. Prévoyant, il forme à présent ceux qui prendront sa relève...

À 71 ans, Donatien Kambu fait la fierté du petit village de Kinkonzi, dans la province du Bas-Congo, au sud-ouest de Kinshasa. Jusque-là inconnu, ce vieil homme à la barbe et aux cheveux poivre et sel, est sorti récemment de l’anonymat.

Fin février, il a reçu le prix Excellence Ne Kongo dans la catégorie "Génie" au cours d’une soirée de gala organisée à Matadi, par le Comité provincial des initiatives sociales (CPIS). Ce prix récompense son invention, en 2005, d’un micro-barrage artisanal, qui produit de l’électricité 24 heures sur 24. "Je vais bientôt mourir. Il faut que vous profitiez de ce travail. Je vous invite à venir visiter ce barrage", avait-il lancé aux autorités provinciales lors de la cérémonie d’attribution des prix.

À Kinkonzi, la maison de Donatien, construite en adobes et couverte de tôles rouillées, se situe en retrait du village, aux abords de la rivière où il a monté son micro-barrage. Les chutes d’eau rythment la vie de sa maisonnée. Sur une pancarte à l'entrée, on peut lire le mot "barage" écrit avec une faute par Donatien. Il ne s'est jamais assis sur un banc d'école. "Lorsque je parcourais la rivière Lumbu, j’ai découvert qu’à ce niveau surélevé l’intensité de l’eau était forte. J’ai eu comme une vision. Avec le fruit de la vente de mes noix de palme, j’ai acheté du ciment qui m’a permis, pendant la période d’étiage, de construire un mur pour barrer l’eau", explique-t-il à ses visiteurs.

De bric et de broc

Ce matin d’avril, assis torse nu sur une chaise, il écoute la musique et contemple l’ouvrage bâti de ses mains. Il explique comment il a pu aménager un canal, fabriquer une vanne à l’aide d’une petite tôle, qui régule le débit de l’eau. Le tout conduit à une turbine de fortune placée en contrebas. À l’aide de l'axe de transmission d’un vieux véhicule connecté à un induit et d'une poulie récupérée sur un groupe électrogène de 2 Kva, le barrage de Donatien peut ainsi fournir du courant.

Pour rentabiliser son invention, il a commencé à utiliser l’énergie produite par le petit barrage pour faire fonctionner, à tour de rôle une foreuse, une meuleuse, un moulin à manioc, un concasseur de noix de palme. Des machines qu’il a lui-même fabriquées. Pour jongler d’un appareil à l’autre ou alimenter sa maison en électricité, il sait parfaitement régler la puissance du barrage. "Quand je veux éclairer ma maison, je soulève prudemment la tôle pour avoir 220 volts. Au-delà, toutes les ampoules éclatent", explique-t-il. Pour les autres machines, il augmente le voltage.

Partager l’électricité

Avec les moyens du bord, Donatien est en train de monter une nouvelle turbine. Il désire augmenter la capacité de son barrage pour alimenter tout le village, notamment l’hôpital général de référence de Kinkonzi. Soucieux du développement de sa contrée, l’ingénieur avait organisé, en 2008, une collecte de fonds dans le village pour permettre à ce projet d'aboutir, mais l’argent a été détourné. Cela ne l’a pas découragé. "C’est Dieu qui m’a donné ce don. Je dois le mettre au profit de tout le monde. Il ne faut plus que les gens parcourent des dizaines de kilomètres pour aller moudre leur café…", clame-t-il.

Le vieux génie manque hélas cruellement de moyens. La ferraille, qui constitue son matériau de base, se fait rare dans la région, depuis que des investisseurs asiatiques la rachètent pour l'exporter. "Avec le peu de moyens dont je dispose, je ne peux pas acheter des accessoires dans un magasin pour faire tourner ce barrage. Dommage que je ne sois pas soutenu", regrette-t-il.

Pour que son travail se poursuive, il forme ses deux enfants et deux autres jeunes du village. "Je partirai demain, eux doivent continuer cette œuvre", affirme-t-il, très déterminé. Son ambition est d’alimenter en courant électrique tout le territoire de Tshela, vaste de plus de 3 000 km², avant de tirer définitivement révérence.

Syfia Grands Lacs/Nekwa


10/05/2009
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