Le Blog de Sacrebopol

CYRILLE ADULA

Cyrille Adoula, né le 13 septembre 1921 à Léopoldville (Kinshasa), mort le 24 mai 1978 à Lausanne, était un homme politique congolais. Il a été premier ministre de la République du Congo-Léopoldville (ensuite République démocratique du Congo), du 2 août 1961 au 30 juin 1964.

Adoula fait ces études à l'institut Saint-Joseph. En tant que première employé indigène de la Banque centrale, il fonde le Mouvement national congolais avec Patrice Lumumba et Joseph Ileo en 1958. D'abord sénateur, son mandat de premier ministre est difficile, avec la menace de guerre civile proche. Successeur de Lumumba, Adoula possède une politique similaire et le même vice-premier, Antoine Gizenga (jusqu'en janvier 1962).

Adoula tenta de négocier avec Moïse Tshombe, président de la province sécessionniste du Katanga, mais ne parvint pas à atteindre un accord. Après avoir fait appel à l'ONU pour imposer le plan mettant fin à la sécession, Adoula réussit à faire que Tshombe se rende le 15 janvier 1963.

En 1963, Adoula dépose son cabinet de ministre, ayant des vues des plus extrêmes, afin de créer un gouvernement plus équilibré. Quelques mois plus tard, il soumet une nouvelle constitution fédéralisatrice au parlement. Mais plusieurs rébellions continuent à frapper le pays. Adoula démissionne en 1964 et est remplacé par Tshombe.

Cyrille Adoula a été ambassadeur aux États-Unis et en Belgique. Il a aussi été ministre des Affaires étrangères de 1969 à 1970.

 

Adoula «successeur légal» du premier ministre Lumumba au Conclave de Lovanium

Par  Le Potentiel

Près de deux mois après l'indépendance, la Loi fondamentale connait un brusque accès de fièvre. Le 5 septembre 1960, à 20 h et quart, Kasa-Vubu se présente à la Radio-Léopolville (c'était dans les actuelles installations du ministère des Affaires sociales sur Boulevard du 30 juin). Il révoque son Premier ministre Patrice Emery Lumumba. Quarante-cinq minutes après, Lumumba passe à la même radio pour dénier à Kasa-Vubu le droit de le révoquer. Une heure après, Lumumba reprend le même micro : il révoque aussi Kasa-Vubu, qui a « trahi la nation… »

Kasa-Vubu nomme le président du Sénat, Joseph Ileo, Premier ministre, rejeté par le Parlement qui le qualifie de « somptueux Premier ministre d'un gouvernement illégal ». Ileo va contre-signer le décret de Kasa-Vubu du 13 septembre 1960, qui ajournait les chambres pour un mois. En réalité, les chambres ne siégeront de nouveau qu'en juillet 1961, au Conclave de Lovanium, l'actuelle Unikin.

Le lendemain 14 septembre, intervient le colonel Joseph-Désiré Mobutu. Cet homme de 30 ans, a réunit la presse à l'Hôtel Regina, face à l'actuel « building de la rigueur », sur Boulevard du 30 juin. Il annonce la neutralisation de tous les hommes politiques, en ce compris Kasa-Vubu et Lumumba.

En réalité, seul ce dernier est mis hors-circuit, tandis que Kasa-Vubu continue à diriger. La crise est vraiment ouverte, la congolisation s'installe.

RECHERCHE DU CONSENSUS

L'intégrité territoriale et l'unité nationale étaient totalement remises en cause. Le pays roulait résolument à tombeau ouvert, vers une déflagration imminente. La conscience collective et le souci d'éviter les affres du saut dans l'inconnu vont prévaloir pour sortir la jeune République de la galère. Il se tiendra ainsi dans le courant de l'année 1961 une série de conférences entre politiciens congolais, à Léopoldville, à Tananarive (Madagascar), à Coquilathville (Mbandaka) puis à Lovanium, léopoldville.

Face à la difficulté des politiciens congolais de se parler (comme d'habitude), l'abbé Fulbert Youlou, Président du Congo-Brazzaville, va initier des contacts à Brazzaville avec Moïse Tshombe, Albert Kalonji, Kasa-Vubu, Bomboko, Bolikango… Tshombe fera état d'un accord pour tenir une conférence chez lui à Elisabethville (Lubumbashi) le 15 février 1961. Ce fait fut confirmé le 21 décembre 1960 au collège des Commissaires généraux par Etienne Tshisekedi, commissaire général adjoint à la Justice, témoin de cet accord.

Mais, cela sera contredit par la suite des événements. Le 2 janvier 1961, dans son allocution radio-diffusée de Nouvel An, Kasa-Vubu convoque une « conférence de l'entente nationale » pour le 25 janvier 1961, à Léopoldville à la salle du Zoo.

Le gouvernement sécessionniste du Katanga décline l'invitation, même cas pour le gouvernement de Stanleyville (Kisangani) de Gizenga et Gbenye. Fait notable, le Parlement pourtant en conflit ouvert avec Kasa-Vubu, est représenté par une délégation remarquée.

Leur déclaration fut un message de réalisme et un clin d'œil de modération envers le chef de l'Etat. Elle (la délégation) jouera comme un déclic, presque imperceptible du déclenchement, assez lent certes, du processus de réconciliation vers Lovanium. Kasa-Vubu y répondra par une modération qui va surprendre : « Messieurs les députés et messieurs les sénateurs, malgré la longue et nécessaire éclipse du Parlement, vous êtes et vous restez les authentiques représentants de nos populations et de leurs tendances diverses… ».

La réconciliation entre Kasa-Vubu et le Parlement était en route, pour un « retour à la légalité ». Ileo, qui avait présidé cette conférence, fut désigné Premier ministre par le chef de l'Etat, sans jamais être reconnu par les Lumumbistes majoritaires au Parlement. La veille de la clôture, le 15 février, Ileo présente son gouvernement devant remplacer celui des universitaires commissaires généraux. Ce même jour, fut rendue publique la mort de Lumumba. La crise reprend, et s'internationalise. Il faudra attendre la conférence de Coquilathville (Mbandaka), avril et mai 1961, pour renouer les fils du dialogue.

PREPARATIFS DU CONCLAVE

Déjà, à la clôture de la Conférence de Coquilathville, le 13 mai 1961, Kasa-Vubu avait réservé une grosse surprise aux participants. Il avait annoncé sa décision de convoquer le Parlement à Léopoldville, immédiatement après la fin des travaux en cours. La surprise et l'émotion furent totales sur l'ensemble du pays.

Dans la succession des rencontres politiques observées depuis l'indépendance, les assises de Lovanium ne seront pas une autre Table-Ronde. Ce fut, en réalité, une session du Parlement, mais une session particulière de par les conditions de sa convocation, de sa tenue et du lieu. C'est la seule session parlementaire qui est restée célébre, au point que, nombreux ignorent sa véritable nature parlementaire.

Depuis l'ajournement du Parlement en septembre 1960, ce fut le retour sur scène des chambres. Au vu de l'insécurité généralisée, toutes les parties optèrent pour le site de l'Université Lovanium qui, par sa forme de forteresse sécurisait plus que l'habituel siège parlementaire du Palais de la nation. De par son objectif et ses participants, cette session parlementaire fut éminemment politique. Les participants, députés et sénateurs, étaient l'essentiel des acteurs politiques impliqués dans la crise congolaise. Leur rencontre pouvait sceller la réconciliation nationale. Devant investir un nouveau gouvernement, cette rencontre va s'appeler « Conclave » à l'instar de la réunion des cardinaux à Rome, pour élire le pape.

L'implication de l'Onu fut décisive, importante, en amont et en aval. Ses délégués à Léopoldville, le Ghanéen Gardiner, le Nigérian Nwokedi et le Tunisien Khiari vont s'occuper de toute la logistique : transport, hébergement et sécurité des parlementaires. La prise en charge onusienne fut totale. L'Onu s'était investie dans le rôle de maître d'œuvre, par un travail de fournis et de séduction. Elle contacte tout le monde. Pour le sud-Kasaï, Joseph Ngalula donne l'accord d'envoyer ses parlementaires. Le Katanga, quoique d'accord, se rétracte en dernière minute : ses parlementaires seront absents. Les parlementaires de la province Orientale (République populaire du Congo) avec en tête Gbenye seront présents, malgré le refus du président Gizenga de venir à Lovanium. Au fait, Gizenga devenait un férus de la chaise vide : lors de la Table-Ronde de Bruxelles en 1960, il était à Moscou. Il fut absent aux conférences de Léopoldville, de Tananarive et de Coquilathville.

Le choix de Lovanium va mêler son recteur, Mgr Luc Gillon aux préparatifs de cet événement. Il tient à ne pas perturber les activités académiques, et propose que cette session commence après les examens de juillet pour se terminer avant la rentrée académique d'octobre 1961. Il y a désaccord avec les délégués de l'Onu à Léopoldville. Gillon se rend à New-York en début juin pour en discuter avec Dac Hammarskjöld, le secrétaire général de l'Onu. L'accueil est très chaleureux. Un compromis en est dégagé : Lovanium devait achever les cours sur le Campus, puis irait s'installer à l'Athénée de Kalina (Institut de la Gombe) et à l'Institut de médecine tropicale (dans l'enceinte de l'actuel hôpital Maman Yemo) pour les examens.

Pour éviter que les débats parlementaires ne dégénèrent en palabres interminables, Mgr Gillon va obtenir que, durant leur internement au Plateau des étudiants sur le Campus, les parlementaires soient privés d'alcool, des visites et surtout des femmes.

Avant l'ouverture de ces travaux, l'Onu transforme le Campus en un camp retranché. Elle y déploie fils barbelés, chevaux de frise, sacs de sable, auto-mitrailleuses, bazooka, mortiers… Les parlementaires travaillaient dans la salle des promotions, tandis que Kasa-Vubu occupait les bureaux du Recteur Gillon, au deuxième niveau du bâtiment administratif. Ce n'est qu'à la fin de la session parlementaire que l'Onu va démonter ses installations, déménager ses forces et restituer le campus à Lovanium.

LES TRAVAUX

Le 24 juin 1961, jour du premier anniversaire de son élection à la présidence de la République par le même Parlement, Kasa-Vubu prend une ordonnance clôturan la clôture de la session parlementaire ouverte en septembre 1960. Six jours après, à l'occasion du premier anniversaire de l'indépendance du Congo, le 30 juin 1961, le chef de l'Etat prononce un discours de circonstance. Il s'y attache à rappeler aux parlementaires le sens de leur mission. Les deux chambres législatives sont convoquées pour le 15 juillet 1961 par l'ordonnance du 5 juillet courant. Cette ordonnance fut contresignée par le Premier ministre Ileo, le ministre de l'Intérieur Adoula, le ministre des Affaires étrangères Bomboko et le secrétaire d'Etat à la Justice Lihau. Deux jours après cette ordonnance, Kasa-Vubu prononce une allocution de mise en garde aux chefs militaires dissidents. Sa première phrase, qui commente la convocation du Parlement, résume la nouvelle politique présidentielle : « J'ai voulu, par cette décision, marquer mon désir de voir le pays revenir à la légalité ».

Les séances d'ouverture auront lieu au Sénat le 22 juillet 1961, et à la Chambre le 23 juillet. Sur les 84 sénateurs, 64 sont présents et participent au premier vote à la séance du 25 juillet ; 120 députés sur 137 assistent à la séance du 24 juillet après la procédure de validation. Dès le début des travaux, le Parlement se divise en deux tendances radicalement opposées : le « bloc nationaliste », spécialement le groupe de Stanleyville ; et le « bloc national démocratique », essentiellement de tendance Léopoldville dont les ténors étaient Albert Kalonji, Dericoyard, Adoula, Ileo, Bomboko, Pinzi, Anekonzapa… Pour l'autre groupe, ses chefs de file étaient Kama, Kassongo, Gbenye, Weregemere…

A l'élection des bureaux, Joseph Kassongo du Mlc/L est réélu président de la Chambre. Koumoriko est élu à la tête du Sénat. Le 27 juillet, Kasa-Vubu fait une adresse, où il scelle résolument à petits pas sa réconciliation avec le Parelement. Le Parlement va prendre deux positions sur la résolution de la crise : d'abord la crise est déclarée constitutionnelle, ensuite aucun gouvernement ni celui de Léopoldville ni de Stankeyville, n'est reconnu comme successeur légal de celui de Lumumba. Cela rappelle la fameuse 3ème voie de Mgr Monsengwo en 1993 « ni Birindwa ni Tshisekedi ».

CYRILLE ADOULA DESIGNE PAR L'ASSEMBLEE

Les tractations pour la formation du nouveau gouvernement dureront une semaine, du 25 juillet au 2 août. Au vu de la réconfirmation de la majorité lumumbiste, par la réélection de Joseph Kassongo à l'Assemblée nationale, Gbenye réclame au nom du Mnc/L le poste de Premier ministre. Kasa-Vubu s'y oppose, « aucun parti congolais n'a d'audience sur l'ensemble du pays. Il fallait former, non pas un gouvernement simplement majoritaire, mais bien un gouvernement d'union nationale ». Il y avait eu plusieurs candidats Premiers ministres : Sendwe, Albert Kalonji, Bolikango, Cyrille Adoula, Gbenye, et Gizenga quoique absent. Cyrille Adoula sera désigné par l'Assemblée et proclamé « successeur légal du Premier gouvernement central de la République du Congo ». Son gouvernement éléphantesque, dit d'union nationale, va obtenir la confiance du Parlement le 2 août 1961.

Compté parmi les plus grands syndicalistes du Congo, Adoula était ministre de l'Intérieur du gouvernement Ileo. Il va rester à la primature jusqu'au 30 juin 1964, date d'expiration de la Loi fondamentale.

Après lui, viendra Moïse Tshombe, pour appliquer la Constitution de Luluabourg.

TSHILOMBO MUNYENGAYI ASS. FAC. DROIT, UNIKIN

Cyrille Adula sur le fait qu'il a pris la place de Justin Bomboko comme ministre des affaires étrangères (30 août 1969) (Audio)

 


Cyrille Adula en conversation avec le Président américain John Kennedy
 

Gouvernement Adoula, nommé par Kasavubu, le 2 août 1961.
Ce gouvernement organise la répression contre les forces lumumbistes radicales dans tout le pays; il décrète, en 1963, l'état d'urgence dans de nombreuses provinces, engage la guerre contre les partisans de Mulele au Kwilu et la répression contre l'insurrection à l'Est du Congo.
Adoula Cyrille, Premier ministre;
Sendwe Jason, vice-premier;
Mwamba, justice ;
Bomboko Justin, Affaires étrangères;
Gbenye Christophe, Intérieur;
Pinzi, finances ;
Eleo, affaires économiques ;
Ilunga, travaux publics ;
Kama, transports ;
Weregemere, agriculture ;
Kisolokele, travail et prévoyance sociale ;
Lutula, classes moyennes ;
Kamanga, santé publique ;
Rudahindwa, mines et énergie ;
Mahamba, affaires foncières ;
lIéo Joseph, Information;
Kabangi, plan ;
Masikita, fonction publique ;
Mungamba, PTT ;
Badibanga, portefeuille ;
Lumanza, affaires coutumières ;
Bisukiro Marcel, Commerce extérieur;
Assumani Senghie, Affaires sociales;
Ngalula Joseph, Education nationale;
Bolya Paul, secrétaire d'Etat à la Justice.
(Gizenga, nommé vice-premier en son absence, rompit très vite avec Adoula)

Remaniement, le 11 juillet 1962.
Anekonzapa, commerce extérieur ;
Weregemere, justice ;
Anany Jérôme, ministre de la Défense;
Kamitatu Cléophas, ministre de l'Intérieur ;
Bamba, finances ;
Dericoyard, affaires économiques ;
Delvaux, travaux publics ;
Ilunga, transports et communications ;
Tshiala Mwana, agriculture ;
Diumasumbu, travail et prévoyance sociale ;
Bolya Paul, santé publique ;
Mahamba, affaires foncières, mines et énergie ;
Uketwengu, jeunesse et sport ;
Colin, information ;
Kabangi, fonction publique ;
Massa, plan ;.

Remaniement, le 18 avril 1963.
Mabika-Kalanda Auguste, Affaires étrangères;
Yava, commerce extérieur ;
Bomboko Justin, justice ;
Massa, affaires sociales ;
Colin, éducation nationale ;
Bolamba, information ;
Agoyo, jeunesse et sports ;
Kamitatu Cléophas, plan ;
Maboti Joseph, intérieur;
Nyembo Albert, économie;
Nguvulu Alphonse, travail et prévoyance sociale ;



09/11/2007
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