Le Blog de Sacrebopol

L'Opposition veut quitter la CENI

Ça commence à pourrir au sein de la Commission électorale nationale indépendante -CENI. Les délégués de l'opposition à cette institution voulue indépendante et neutre se plaignent de la gouvernance de Ngoy Mulunda. Deux des trois représentants de l'opposition estiment que le pasteur-président ne joue pas assez le démocrate. Daniel Ngoy serait tout simplement un petit dictateur, décidant souvent tout seul des choses que le bureau se devait de discuter. On s'attendait un peu à cette mésaventure, vu la pression que les partis de l'opposition ont décidé d'exercer sur la CENI depuis la fin de l'opération de révision du fichier électorale. On voit mal comment l'opposition pouvait agir autrement : accepter d'avoir envoyé des “délégués au sein de la CENI et refuser le travail que cette institution abat pour aller aux élection.


En fait, on sentait venir le coup. Soit l'opposition renie ses, délégués, ou ceux-ci se mettent à revendiquer des choses de l'intérieur.

C'est, cette deuxième hypothèse qui vient de prendre le dessus, pour les mêmes résultats. En premier, il s'agit pour l'opposition de continuer à faire douter la majorité sur la tenue des élections. Malgré le fait que les 'hommes de Kabila surveillent toutes les étapes des élections et qu'ils disposent de puissant leviers pour avoir la bonne information, au bon moment, l'opposition veut les, faire douter. Qu'à un nomment, le camp de la majorité se pose des questions sur la normalité du chemin suivi jusqu'à cet instant. Deuxième niveau de la stratégie de l'opposition préparer petit à petit le rejet des résultats des élections au cas où le candidat de l'opposition ne parvenait pas à obtenir un acore honorable.  Contrairement, à 2006, il faut prendre des précautions et maintenir la pression à- tous les niveaux. Et malheureusement, 'vu de, l'opinion générale, cette stratégie a toutes les chances de revêtir la légitimité. En effet, lorsque la président de la très attendue indépendante. CENI menace les députés et prend les devants pour annoncer le découplement des élections, cela fâche les bonnes consciences et donne de l'eau au moulin des stratèges de l'opposition qui, voyant approcher les échéances, veulent exploiter toutes les brèches pour porter le dernier coup à la majorité. Mal leur en prit, les opposants parce que, dans leurs rangs, ils sont ne sont pas capables de se mettre d'accord. Ni pour la candidature unique, ni pour quitter ou boycotter la CENI. D'abord, parce que, en l”absence du président pasteur, c'est le vice-président, Ndjoli; professeur de son état et membre du MLC, qui menait haut la main toutes les opérations de terrain. Cette image ne peut laisser personne indifférent. Sans nul doute, chacun fait son travail à la CENI et en toute indépendance. A défaut donc de récuser ses cadres les plus méritants, l'opposition a donc fait profil bas. Deuxième handicap de l'opposition, le refus ou l'hésitation d'un' membre du bureau de la CENI issu de l'opposition, qui estime que, jusqu'à, cet instant, les choses vont bien. Inutile donc de se désolidariser du pasteur qui essaie de conduire la barque à bon port. En attendant donc que cette membre de l'opposition ne décide de rejoindre ses compères de l'opposition, la CENI continue à préparer les scrutins couplés du 28 novembre 2011, calicots et banderoles rappellent chaque jour l'inéluctable échéance.

Adelard OBUL'OKWESS
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 Sacrebopol, Le Jalon Congolais
 
 

 

 

Qui pèse quoi dans quel coin du pays et pour quelle force en termes d'inscrits sur la liste électorale? C'est la question qu'il vaut mieux se poser pour éviter toute surprise au moment de la proclamation des résultats.



Qui sera le prochain président de la RDCongo à l'issue de l'élection présidentielle du 28 novembre 2011? La question mérite d'être posée eu égard à l'évolution de l'actualité sur le terrain : déploiement de la Commission électorale nationale Indépendante -CENI-, adoption par le deux chambres du Parlement des annexes à la Loi électorale sous forme de loi portant fixations des circonscriptions électorales et répartition des sièges des députés nationaux et provinciaux, mise en place imminente du Conseil supérieur de l'audiovisuel et de la communication -CSAC-, euphorie de la précampagne dans tous les camps politiques ..., tous les ingrédients sont réunis pour des joutes très disputées lors de cette présidentielle couplée avec les législatives nationales. Auréolé par le succès récolté au Katanga et à Kinshasa avec, cerise sur le gâteau, son meeting historique de mardi 9 août 2011 au stade des Martyrs, Tshisekedi reste rassuré que la victoire est de son côté, même en faisant cavalier seul. Kabila, lui, en force tranquille, et contraint au devoir de réserve lui imposé par ses fonctions au sommet de l'Etat, se prépare minutieusement et croit rempiler. Vital Kamerhe, fiché bon outsider, et Kengo toujours embusqué malgré on flop du stade des Martyrs croient à l'union de l'Opposition pour battre Kabila. Si du côté de la MP la sérénité affichée s'explique par la discipline apparente au sein de cette plate-forme, du côté de l'Opposition, la fédération des forces est une impérieuse nécessité si elle veut accéder au pouvoir : à la Présidence et à la Primature. Analyse.

«Tout dépend du nombre de sièges attribués aux circonscriptions combinés avec l'encrage qu'a chaque camp politique en fonction de la force de mobilisation», énonce prudemment un observateur qui a du mal à prédire la victoire d'un camp au détriment de l'autre lors de la présidentielle jumelée avec les législatives prévues le 28 novembre 2011. Tshisekedi, président de l'Union pour la démocratie et le progrès social -UDPS-, adoubé par ses deux succès, l'un récolté dans la propre province de Kabila et l'autre à Kinshasa. Se voit déjà Président le 6 décembre 2011, faisant fi de la date de proclamation des résultats de la présidentielle fixée par la CENI et du délai constitutionnel requis pour un éventuel recours en contestation des ceux-ci. C'est dans cette perspective qu'il invite, à demi-mot, le peuple RD-congolais, à travers les militants de son parti, à prendre ses responsabilités à compter de cette date. Du côté de la majorité, personne ne le prend au sérieux. Tous affichent une sérénité, prédisant la victoire sans encombre de Joseph Kabila. De manière générale, sans éléments statistiques, la Majorité croit rempiler. Pour les observateurs, il faut analyser les données réelles du terrain.

Des chiffres effrayants

Ces données sont notamment les quotas gagnés par chaque circonscription à l'issue de l'opération de révision du fichier électoral et de l'adoption de la Loi fixations des circonscriptions électorales et répartition des sièges des députés nationaux et provinciaux. Qui pèse quoi dans quel coin du pays pour quelle force en termes d'inscrits sur la liste électorale? C'est la question qu'il vaut mieux se poser pur éviter toute surprise au moment de la proclamation des résultats.

A Kinshasa par exemple, la cartographie électorale indique que la capitale se partage, selon le récent sondage Les Points, entre quatre principales forces. Il s'agit du Parti lumumbiste unifié -PALU-, l'UDPS avec une popularité supposée, du MLC et, dans une moindre mesure, du PPRD. En gros, en 2006, le MLC avec tous ses alliés s'était arrogé 24 députés provinciaux contre 22 pour la Majorité sur le 46 que compte l'Assemblée provinciale de Kinshasa. Un indice très sérieux, à prendre absolument en compte d'autant plus que le second tour de l'élection présidentielle synchronisé avec la députation provinciale a fait transparaître une réalité autre que celle du premier round. Cette réalité n'est pas loin des pourcentages enregistrés par les deux challengers second tour de l'élection présidentielle de 2006. La situation a peut-être changé. Mais les observateurs ne perçoivent pas un grand fossé entre les chiffres de 2006 et ceux de 2011, malgré l'entrée en scène de l'UDPS dont un grand nombre de sympathisants avaient préféré voter pour Bemba et le nombre d'enrôlés qui augmenté de près de 7 millions. Dans ce chiffré, il faut compter certains partisans de l'UDPS et un grand nombre de jeunes fraîchement inscrits. Où iront ces 7 millions? C'est l'autre question qui mérite d'être posée.

Si dans le camp tshisekediste, l'on chante déjà la victoire, au vu de la mobilisation au Katanga et surtout celle du stade des Martyrs le 9 août 2011, des analystes de la MP ne voient dans cette mobilisation qu'une foule en majorité des curieux et non des électeurs acquis à la cause du lider maximo. Député PPRD élu de Kinshasa, Francis Kalombo banalise ces prouesses de l'UDPS et fait part du prochain meeting de son parti aux Martyrs et abords en vue de prouver de quoi le PPRD est désormais capable dans la capitale. Nul n'ignore que Kinshasa qui avait un quota de 58 députés en 2006 a perdu 7 sièges à l'issue du nettoyage du fichier électoral pour les élections de 2011. L'entrée en lice d'Etienne Tshisekedi a fait craindre un accroissement du nombre d'enrôlés, la capitale étant réputée acquise à l'opposition, mais la réalité de l'enrôlement prouve juste le contraire. Considérant que Kinshasa garde le même degré de sympathie envers les camps politiques qu'en 2006, l'opposition perdrait 4 sièges, puisqu'elle avait un peu plus et la majorité trois sièges. Difficile de parier que Kinshasa offrira un triomphe à l'Opposition avec la naissance de certains nouveaux partis dont le leaders sont des élus et peuvent rallier la prochaine majorité peu importe ses piliers. Difficile également de parler pour Kabila, malgré la réalisations des chantiers à un rythme intéressant. «Les Kinois attendent le riz et le poulet dans les assiettes et non les chantiers», entend-on dire. Mais la présence du Président au lancement de la deuxième phase des travaux de modernisation du boulevard Lumumba avait fini de démontrer qu'il avait, lui aussi, progressé en termes de popularité dans la capitale. En témoigne, la procession qui s'en était suivie. En dépit de ce regain de forme du Président, à L'UDPS, on ironise qu'un élève -Kabila qui a réussi un seul chantier -infrastructures- sur cinq ne peut passer de classe. Plus proche de Kinshasa, la Majorité a gagné d'un chiffre près le poste du gouverneur de province en 2006, alors que mathématiquement, l'Opposition partait favorite. Rien n'indique que la situation est améliorée en faveur d'un camp. L'ombre de Ne Muanda Nsemi, le gourou de la secte Bundu dia Kongo, continue à planer sur la province. En coulisse, les Ne Kongo de l'Opposition comme ceux de la Majorité se disent presque tous adeptes de BDK, qui serait plutôt un état d'esprit qui prévaut plus que toute autre considération. Le Bas-Congo voterait l'Opposition malgré les efforts de reconstruction, dans le secteur des infrastructures et de celui du social, déployés par le gouverneur de province, Simon Floribert Mbatshi, nommé il y a peu président de l'interfédéral du PPRD. Quelques jours après son installation par le secrétaire général du PPRD, Evariste Boshab, l'interfédéral est mise à rude épreuve avec cette mobilisation inattendue de Vital Kamerhe, président de l'Union pour la nation congolaise -UNC-, la nouvelle coqueluche des masses RDCongolaises. Dans les Kivu, Kamerhe n'a pas eu du mal à drainer des foules. Il tente présentement avec l'appui de Ne Muanda Nsemi, la mobilisation, surtout dans la ville de Matadi, chef-lieu de la province. Un véritable carton. Le Bandundu présente la même configuration que Kinshasa, mais avec une prépondérance du PALU, dont le patron, Gizenga, reste un dieu pour ses partisans. Malgré le délestage de la province pendant la gouvernance PALU-PPRD, il sera difficile d'y déboulonner le patriarche. La seule équation à résoudre du côté de Kabila, c'est de clarifier ses relations avec ce parti le mieux structuré de la RDCongo avec le Mouvement social pour le renouveau -MSR- et donner des gages de sûreté pour s'attirer une fois de plus les voix de ses militants.

Kabila entouré par un isolant thermique

Si à l'Ouest la tendance et au statu quo, l'Est risque de réserver des surprises. Les observateurs perçoivent un partage des suffrages entre Kabila et Vital Kamerhe. Si l'on n'y prend garde, le Sud-Kivu porterait son dévolu sur Vital Kamerhe. La notabilité de ce coin du pays fustige le bannissement de leur fils, qui avait pourtant, mouillé la chemise pour Kabila mais se voit remercié comme un coq, qui réveille le village à 5h00 et sert de repas le soir dès qu'un premier visiteur se pointe. Vital n'est peut-être pas le seul dans ce cas. Moïse Katumbi ne cesse d'alerter l'opinion et attirer l'attention de Kabila sur le comportement d'un certain entourage, passé maître en délation, qui isole le président pour bien se servir de lui en lui soutirant des sommes faramineuses avec promesse d'adhésions. Le PPRD ne mobiliserait jamais sans motivation financière des organisateurs des manifestations et des militants. Kabila a du pain sur la planche. Elu de Kinshasa avec une popularité incontestable, Plus Muabilu est de ceux-là qui dénoncent l'encerclement de Kabila par un isolant thermique qui travaille pour la descente aux enfers de l'Autorité morale de la MP. Le Maniema votera certainement Kabila, mais ne pèse que 874.809 électeurs potentiels soit autant des voix et 14.députés nationaux. Le Nord-Kivu, très réservé, continue à déplorer le manque de la paix totale, promesse Sur laquelle il a voté Kabila. «Autant vous méfier lorsqu'il faut parler de Kabila' à Goma, chef-lieu du Nord-Kivu. Les gens sont très indifférents», rasure un originaire de passage à Kinshasa. La Province Orientale, 3.886.524 et 61 députés nationaux après avoir perdu 2 sièges et le Katanga -4.627.302 enrôlés, 72, députés nationaux- avec un taux d'accroissement de 3 députés, resteraient acquis. à Kabila. Les deux Kasaï, 2.643.905 enrôlés -oriental- avec 41 députés nationaux et 2.661.246 enrôlés -occidental- et 42 députés nationaux, à part le Sankuru et le Kabinda, garderaient leur penchant pour l'Opposition. Les deux provinces ont gagné chacune deux sièges à l'Assemblée nationale. Sentiment renforcé par l'entrée en lice d'Etienne Tshisekedi et la non-réalisation des promesses électorales. Même un éventuel débauchage de François Muamba Tshishimbi dit Muamaba wa mayi dans son Kabeya-Kamwanga en faveur du camp kabiliste ne changerait pas grand-chose. La situation à l'Equateur est pire. Orpheline' depuis l'arrestation de Jean-Pierre Bemba,' l'Equateur, 3.960.643 enrôlés et 62 députés après en engrangé 2 sièges supplémentaires, a entrepris de faire un sursaut d'orgueil avec la sortie du parti de Léon Kengo wa Dondo, Union des forces du changement. -UFC- en plus de l'alliance qui ne dit pas encore son nom entre Kengo et Bemba. Le président du Sénat a rendu dernièrement et de manière discrète visite au prisonnier de Moreno Ocampo. Kengo ne serait pas candidat 'mais il plaide pour un candidat commun de l'Opposition. Tshisekedi, candidat déclaré,' parle plutôt de son droit naturel de postuler à la magistrature suprême et invite les autres à concourir librement ou à le rallier. Kamerhe pense à la candidature unique assortie d'un ticket constitué du Président et d'un Premier ministre avant l'élection. Secrétaire général du RCDN de Roger Lumbal, Moïse Moni Della, dans la même logique que Kamerhe, préconise l'élargissement de ce ticket à Kengo pour faire le plein des voix.

Le salut de Kabila

Tout compte fait, et par extrapolation, si l'on met d'un côté les provinces acquises à Kabila et de l'autre celles acquises à l'Opposition et au centre les provinces à partager, il y a lieu de conclure que les joutes seraient très intéressantes. A noter que le quotient électoral est de 64.049,28 électeurs pour un nombre total d'enrôlés de 32.024.640 et 500 députés; les provinces acquises à Kabila étant la Province Orientale, le Maniema et le Katanga et le nombre total d'enrôlés pour ces provinces est de 9.388.635, soit près d'un tiers des voix et 147 député nationaux. Pour les provinces acquises à l'Opposition, les deux Kasaï, le Bas-Congo et l'Equateur: 10.768.732 enrôlés soit plus d'un tiers et 168 députés. Et les provinces à. partager, Kinshasa, le Bandundu, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, représentent 11 .867.273 enrôlés soit plus d'un tiers et 185 députés à partager. Le tout se jouera dans ces provinces où Kabila, avec l'Allié PALU à l'Ouest et le MSR à l'Est, Kabila peut, bien, se comporter. Mais tout n'est pas encore joué tant que les derniers réglages et ralliement ne se  sont pas encore opérés. Le plein réalisé par Tshisekedi et Kamerhe est à mettre sur le compte de la dynamique de la campagne. Les stratèges tant de la Majorité que de l'Opposition ont tout intérêt à concocter des véritables plans pour prétendre à une victoire. En ce qui concerne la Majorité, nombreux pensent à la constitution de l'Union de la gauche composée du PPRD, qui doit d'ores et déjà revoir ses ambitions à la baisse au lieu de continuer à faire miroiter un triomphe qu'il est en réalité et sauf miracle incapable d'offrir à Joseph Kabila, du PALU, du MSR, de la CCU de Mende et d'autres forces émergeantes de gauche. Ceci ne voudrait pas dire que les autres bonnes volontés qui veulent accompagner Kabila seraient exclues. Force est de reconnaître qu'au départ, il est une impérieuse nécessité de regrouper toutes les forces de gauche dans un noyau fort avant de s'attirer d'autres sympathisants.

Du côté de l'Opposition, la stratégie qui paraît la mieux adaptée est de fédérer autour de Tshisekedi comme candidat unique et commun et constituer un ticket qui intégrera Kamerhe, Kengo et d'autres leaders de l'Opposition capables de mobiliser pour la victoire de cette famille politique, en vue de l'alternance. Nul ne sait si le rapprochement MLC-UN intervenu le week-end dernier pourrait être le détonateur -. L'instant de vérité est proche.

Tino MABADA
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 Sacrebopol, Le Jalon Congolais
 
 
 

Les élections probables de 2011 et les conditions de leur apaisement

 
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Jean-Pierre Mbelu. Photo CIC

 

Est-il possible, tout en lançant des appels pour des élections apaisées, de définir collectivement, les conditions structurelles sans lesquelles ces appels risquent d’être un bon vœu pieux ? Sans une indépendance certaine des services de sécurité, de la justice et des médias vis-à-vis de «Joseph Kabila» et de sa cour, les beaux discours ne fabriqueront pas, comme par baguette magique, des élections apaisées. Même s’il n’est pas exclu que nos populations dépitées et les autres minorités organisées forcent « le raïs » à entendre raison.

A l’approche du mois de novembre, les appels pour les élections apaisées se multiplient chez nous. Pourquoi ? Certains lanceurs de ces appels estiment que le Congo ayant connu des guerres à répétition doit pouvoir rompre avec la violence. Un bon vœu ! Mais un discours de ce genre, tenu chez nous, étonne un peu. Le Congo dit démocratique est en guerre de manière permanente. A l’Est de notre pays, nos compatriotes sont tués chaque jour. Ailleurs, la guerre a pris des formes plus insidieuses : l’enrichissement sans cause de quelques-uns d’entre nous appauvrit au quotidien la majorité de nos populations et crée des inégalités causant la mort par la faim, la maladie, l’ignorance, etc. L’usage des armes à l’Est (et même dans la capitale) et le rejet de la justice sociale (partout au pays) par les gouvernants actuels participent de la violence permanente faite à nos populations.

Lancer des appels pour des élections apaisées dans un contexte d’instabilité et de violence permanente semble être un déni de la réalité. Qui peut organiser des élections apaisées dans un pays instable ? Relisons un peu notre histoire.

Quelles ont été les conditions posées pour un minimum de stabilité chez nous au cours de la période ayant précédé les élections-mascarades de 2006 ?

Nous en citons trois : avoir une armée républicaine, mettre sur pied une Commission Vérité et Réconciliation et étendre l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire. Avons-nous une armée républicaine ? Non. Les FARDC brassées tuent nos compatriotes à l’Est. La Commission Vérité et Réconciliation n’a pas fonctionné. Le Congo est un non-Etat où règne la loi de la jungle. (Les exemples les plus malheureux sont ceux de l’Est.) La non-réalisation de ces conditions pour un minimum de stabilité dans notre pays a eu des conséquences néfastes pour la sécurité des biens et des personnes depuis la fin de la transition jusqu’à ce jour. L’une de ces conséquences fut l’explosion de la violence après le deuxième tour de l’élection présidentielle de 2006 en pleine ville de Kinshasa.

Pourquoi y a-t-il eu cette explosion de violence ? Parce que les conditions susmentionnées n’ont pas été réalisées et en plus, les institutions du pays ont été infiltrées par des ex-seigneurs de guerre (impunis). Ceci a donné naissance à la mise sur pied d’une police politique aux pouvoirs illimités et à la mise sous tutelle de la justice congolaise. Qui peut organiser des élections apaisées dans un pays où la justice est aux ordres des ex-seigneurs de guerre ?

En juillet 2009, la FIDH (Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme) publie un texte très bien documenté sur ces questions (à partir du Congo) et intitulé République démocratique du Congo. La dérive autoritaire du régime. Une relecture de ce texte, deux ans après, convainc que rien n’a changé du point de vue de la gestion des structures du pouvoir exécutif et judiciaire, par exemple. Chez nous, « l’Etat de droit selon le pouvoir, ce sont les forces de sécurité dotées des pleins pouvoirs et la justice mise sous tutelle. » (p. 19)

Un compatriote, membre de l’UNC, Maître Jean-Claude Ndjakanyi, dans son interview accordée à CIC, donne le petit témoignage de l’interrogatoire auquel il a été soumis par les agents de la DGM et de l’ANR. (Lire Questions directes à Jean-Claude Ndjakanyi sur CIC). Ce cas n’est pas isolé. Plusieurs autres peuvent être cités. Certains membres de l’UDPS sont au cachot. Un membre du parti politique d’Angèle Makombo a été assassiné à Kinshasa, etc.

Quand, au cours de leurs marches et leurs autres manifestations, les compatriotes Résistants-Combattants chantent « Ya Tshitshi zongisa ye na Rwanda », ils posent une question d’identification que les gouvernants en place n’ont pas réussi à clarifier depuis qu’ils sont aux affaires. Qui est Congolais et qui ne l’est pas, chez nous ? Pourquoi, depuis 1996, la question de la carte d’identité congolaise et celle du recensement de la population sont demeurées sans réponse ? La nationalité congolaise est une et indivisible, affirme la Constitution. Qu ’en est-il du moratoire sur la double nationalité ? Suffit-il d’avoir « un code de bonne conduite » avant les élections pour que les réponses à toutes ces questions soient données ?

Aujourd’hui, nos compatriotes de l’Est se plaignent de l’envahissement des « retournés » des pays limitrophes et des dégâts que causent leurs vaches dans leurs champs. Comment les convaincre, sans carte d’identité, qu’ils ont en face d’eux des compatriotes ?

Attention ! Nous ne discutons pas de la possibilité d’une double nationalité et/ou de l’acquisition de la nationalité congolaise par naturalisation. Nous posons des questions demeurées sans réponse depuis le début de « la guerre (dite) de libération » jusqu’à ce jour. C’est-à-dire des questions pouvant s’inviter au débat pendant la prochaine campagne électorale. Faudra-t-il, pour des élections apaisées, éviter ces questions dont dépendent, dans une certaine mesure, notre devenir collectif ? Que pourrons-nous répondre aux compatriotes qui estiment que certains gouvernants actuels, sous de fausses identités congolaises, travaillent pour « leurs pays » décidés à mettre le Congo de Lumumba en coupes réglées ? Qu’ils sont des « chevaux de Troie » ?

En rapport avec cette question d’identification, il y a celle du fichier électoral. Il n’a pas été nettoyé après l’enrôlement. Il est possible que les étrangers se soient enrôlés pendant que 80% des populations du Nord-Kivu n’ont pas pu remplir leur devoir citoyen. (Et cela a été reconnu officiellement par le gouverneur ad interim de ladite province.) Avant ce nettoyage, les sièges des députés à l’Assemblée nationale ont déjà été repartis…

Tel est le contexte dans lequel les appels aux élections apaisées sont lancées ; un contexte où règne une grande méfiance entre une bonne majorité des populations Congolaises, « les libérateurs de 1996 », leurs alliés et/ou leurs émanations.

Dans ce contexte, ces appels peuvent participer de la conscientisation citoyenne. Ils peuvent être des incitations à la moralisation de la vie publique. Ils peuvent agir sur les cœurs et les esprits ; ils peuvent en transformer quelques-uns. Mais que peut la transformation de quelques cœurs et de quelques esprits dans un contexte où les institutions du pays sont fondées sur une violence et un mensonge permanents ? Sur l’achat des consciences ?

Il y a une relecture de notre histoire immédiate à laquelle certains lanceurs d’appels pour des élections apaisées se gardent de se livrer. Soit ils ont peur de pointer du doigt les responsables institutionnels de notre instabilité chronique, soit ils veulent rester neutres, soit ils en sont complices, etc. Ces appels peuvent conduire à la criminalisation des pauvres citoyens exerçant leurs libertés fondamentales pendant la campagne électorale et au soutien des criminels de guerre et des criminels contre l’humanité infiltrés chez nous.

Nous pensons que les conditions pour des élections apaisées embrassent à la fois les dimensions individuelles, collectives et structurelles. Historiquement, la conjugaison de toutes ces dimensions a toujours boité. Pour le moment, l’une des conditions sine qua non pour des élections probablement apaisées, c’est l’indépendance (plus ou moins grande) des services de sécurité, de la justice et des médias vis-à-vis de « Joseph Kabila » et sa cour. Qui voit « l’Autorité morale de la MP » se risquer sur cette voie ? Il n’est pas exclu que nos populations dépitées les force à s’y engager. Un miracle peut advenir…Les lanceurs des appels pour des élections apaisées peuvent-ils être assez courageux pour aller débattre avec « le raïs » de cette question ? Lancer des appels, établir des « codes de bonne conduite » c’est bien. Dialoguer, débattre et prendre des résolutions écrites et cosignées, c’est peut-être mieux…Pourquoi est-ce que ce dialogue ne s’élargirait pas à tous les partis politiques et les associations de la société civile ?

Ce ne sont que des propositions.

 

J.-P. Mbelu
© Congoindépendant 2003-2011

 

Sacrebopol, Le Jalon Congolais

 

 

 

 

Marie-Thérèse Nlandu : «Oui aux élections mais sans Joseph Kabila»

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Marie-Thérèse Nlandu Mpolo Nene lors de son arrivée fin mai 2007 à Bruxelles après cinq mois d’emprisonnement. Photo CIC

 

Dans une interview accordée à notre confrère Cheikfitanews, l’avocate Marie-Thérèse Nlandu Mpolo Nene, ancienne candidate à la l’élection présidentielle de 2006, livre ses «impressions de voyage» au terme d’un séjour de deux semaines à Kinshasa où elle a été relancer les activités de sa formation politique «Congo Pax». La juriste invite le président sortant «Joseph Kabila» de «poser un acte de bravoure» en renonçant à présenter sa candidature à l’élection présidentielle fixée au 28 novembre prochain. Au motif que la RD Congo vit une «situation catastrophique» qui exige le «changement».


«Une situation catastrophique»

A plus ou moins 100 jours de l’organisation des élections présidentielle et législatives, la description de la situation socio-économique et politique du Congo dit démocratique se suive et se ressemble. Une phrase revient comme un credo : «La situation est catastrophique. Il faut que ça change».

Avocate et femme politique, Marie-Thérèse Nlandu Mpolo Nene vient de rentrer d’un séjour de deux semaines dans la capitale congolaise. Après quatre années d’un «exil forcé» en Europe – après cinq mois de détention à la prison de Makala -, Nlandu qui est présidente d’un cartel dénommé «CLD» (Congo en légitime défense) est également chef de parti. «Congo Pax», c’est le nom de sa formation politique. «J’ai été invitée par la base de mon parti pour définir le mot d’ordre pour cette année».

A Kinshasa, «Marie Thérèse» n’a pas seulement observé la situation générale. Elle a vécu le quotidien des Kinoises et Kinois. «Ce n’est plus la vie d’un être humain. Ça doit changer !», s’est-elle exclamée.

Le calvaire commence dès l’aurore. «Chaque matin, explique-t-elle, c’est un parcours du combattant pour se procurer de l’eau courante.» «L’eau distribuée par la Régideso devrait être interdite à la consommation. Cette eau sent mauvais et laisse des dépôts de boue au fond du seau.» Qu’en est-il de l’électricité ? «La population passe des journées entières sans électricité. Les appareils électroménagers sont abîmés par les coupures et rétablissements intempestifs.» L’avocat de se souvenir de trente-deux millions $US payés à l’époque à la SNEL (Société nationale d’électricité) par le Congo-Brazzaville. Cette importante somme d’argent aurait pu servir à la maintenance ainsi qu’à la modernisation du barrage hydroélectrique d’Inga. «Cet argent a été détourné». Pour la petite histoire, Evariste Boshab, alors directeur du cabinet présidentiel était contraint, tel un fusible, de démissionner suite à cette affaire.

A propos de l’électricité, dans une déclaration faite la semaine dernière, le ministre de l’Energie, le PPRD Gilbert Tshiongo Tshibinkubula wa Ntumba, a estimé à neuf pour cent le coefficient de la population congolaise qui «a accès à l’électricité avec une couverture d’environ 30% dans les villes et 1% dans les milieux ruraux». Un comble.

Le Congo est revenu au Moyen Age

Pour Me Nlandu, «Le Congo est revenu au Moyen Age». La capitale Kinshasa donne l’impression de «la ville la plus sale» du monde. C’est ainsi que le choléra menace les Kinois. Le pays a un gouvernement qui s’occupe de tout sauf du bien-être d’une population qui peine à satisfaire ses besoins les plus élémentaires : «Nous avons un gouvernement qui ne fait pas son travail». Et de dénoncer au passage le rôle d’ordonnateur du compte du Trésor joué par le chef de l’Etat en lieu et place du Premier ministre. «C’est une violation de la Constitution», s’enrage-t-elle avant d’ajouter : «Joseph Kabila est arrivé au Congo à pieds. Aujourd’hui, il est devenu immensément riche au point de donner un montant de 10 millions $US à la MIBA. Où a-t-il trouvé cet argent?».

Jetant un regard sur le processus électoral en cours, l’avocate dit avoir constaté une ambiance politique «tendue». La population vit dans une insécurité permanente. "Les dirigeants, eux, sont protégés par leurs gardes du corps". Elle assure avoir écourté son séjour. «J’ai quitté Kinshasa précipitamment. On voulait attenter à ma vie».

L’annonce du voyage de Marie-Thérèse Nlandu au Congo, en juillet dernier, avait été diversement commentée sur le «Net». Prompts à débusquer vrais et prétendus «collabos», les "internautes-combattants" avaient suspecté la présidente de Congo Pax «de faire le jeu de l’ennemi». Une polémique pour le moins dérisoire.

«Kabila doit poser un acte de bravoure»

Reste que Nlandu n’est pas n’importe qui. Candidate «malheureuse», selon la formule consacrée, à l’élection présidentielle de 2006, elle avait soutenu le challenger Jean-Pierre Bemba Gombo au second tour dans le cadre du cartel «Union pour la Nation». Après l’annonce de la «victoire» de «Kabila», la juriste qui était par ailleurs conseil de «JPB» a été accusée par le pouvoir kabiliste d’avoir «incendié» le bâtiment de la Cour suprême de justice et de «détention d’armes de guerre». Arrêtée le 22 novembre 2006 par la très redoutée DRGS (Direction des renseignements généraux et services spéciaux de la police), Nlandu a été humiliée par un certain colonel Daniel Mukalay wa Mateso. Le même qui s’est rendu tristement célèble dans l’assassinat de Floribert Chebeya Bahizire. Embastillée à la prison centrale de Makala, la prévenue n’a pu humer l’air frais de la liberté qu’au bout de cinq mois et 9 jours.

Après sa libération, l’ex-prisonnière a commis la maladresse de remercier le couple «Kabila». «J’ai suivi l’exemple de Nelson Mandela, déclarait-elle dans une interview accordée à Congo Indépendant. A sa sortie de prison, Mandela a fait un pas vers la conciliation. Je remercie Madame Olive pour la simple raison qu’elle était intervenue auprès de son mari à mon sujet. Je continue à croire que l’acte posé par Madame Olive est louable. En ce qui concerne M. Kabila, je l’ai remercié parce qu’il m’a fait savoir qu’il n’était pas opposé à mon acquittement. Dans le cas contraire, je ne serai pas ici aujourd’hui. Le représentant du ministère public aurait pu interjeter appel.»

Ces propos ont été perçus, à tort ou à raison, comme une «trahison» dans les milieux des Congolais de la diaspora. D’aucuns y voyaient une démonstration du fameux «syndrome de Stockholm». L’otage qui se prend de compassion pour ses ravisseurs. Inutile de dire qu’une «incompréhension » s’est installée de puis lors entre Nlandu et ceux qui avaient milité pour obtenir sa libération.

Après sa "visite-surprise" à Kin, la présidente du «Congo Pax» se veut radicale. Pour elle, «le président sortant Joseph Kabila doit poser un acte de bravoure en renonçant à présenter sa candidature à l’élection présidentielle pour garantir un scrutin apaisé». Et d’ajouter : «Les Congolais doivent aller aux élections mais sans le président sortant». Elle exhorte par ailleurs ses compatriotes «à se battre à l’instar d’autres peuples» pour changer « le destin collectif ».

 

Madeleine Wassembinya/B.A.W
© Congoindépendant 2003-2011

 

Sacrebopol, Le Jalon Congolais

 
 
 
 
 
 


15/08/2011
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