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LE KATANGA

Le Katanga est la province la plus méridionale de la République démocratique du Congo, dont la capitale est Lubumbashi (anciennement Élisabethville). Sa superficie est de 518 000 km², sa population d'environ 8,2 millions habitants. Le plateau du Katanga accueille de nombreuses fermes d'élevage et d'agriculture. L'est (Manono) et le sud (Lubumbashi, Kolwezi) de la province renferment de très riches gisements de cobalt, cuivre, fer, radium, uranium, et diamant.

 

(Carte : Hélène Maurel / RFI)

 

Histoire

Le Katanga précolonial

Selon les légendes les premiers habitants seraient des pygmées. Depuis le XVIIe siècle, le territoire était contrôlé par les ethnies Luba et Lunda. Les habitants utilisaient des croisettes de cuivre comme monnaie depuis le Xe siècle. C'est une monnaie d'échange à peine moins précieuse que l'ivoire. La fonte du cuivre était réservée à une secte masculine appelée "les mangeurs de cuivre". Le symbole par excellence du Katanga est le cuivre. Sa représentation la plus ancienne est la croisette de ce métal. La production de cuivre était saisonnière (saison sèche pour la récolte de la malachite puis, en octobre, fonte dans un four en terre). La quantité de cuivre extraite de cette façon est estimée à +/- 15 tonnes par an. La coulée était faite dans un moule de sable en forme de croix. Puis, on l'étirait en fil de cuivre de différentes épaisseurs.

À la fin du XIXe siècle, un commerçant de Tanzanie, M'Siri, fonda un éphémère royaume qui durera jusqu'à sa mort, lors de la prise de possession du territoire par les Belges en 1891. M’siri s'était livré à la traite des esclaves et échangeait ses sujets à des commerçants souaheli, arabes, portugais ou Mbundu contre des fusils.

Le Katanga sous contrôle belge

Sous le contrôle belge à partir de 1884, les ressources minérales furent intensément exploitées par des entreprises européennes et belges en particulier (essentiellement l'Union minière du Haut Katanga). Comme la traite des noirs avait dépeuplé la région, l’administation coloniale déporta des dizaines de milliers de Lubas (du Nord Katanga ou du Kasai), d’Angolais, de Rhodésiens, de Ruandais comme travailleurs forcés pour les mines (le travail forcé fut abandonné quelques années après la Seconde Guerre mondiale). La province connut l’arrivée de quelques dizaines de milliers de colons. Avec la construction du Chemin de fer BCK reliant la province jusqu'à Port-Francqui le Katanga connut un développement spécifique et devint un gros pilier de l’économie congolaise.

Le Katanga indépendant

Icône de détail Article détaillé : État du Katanga.
Timbre du Katanga indépendant (1961)
Drapeau du Katanga durant les périodes d'indépendance

À la suite de l'indépendance de la République démocratique du Congo en juin 1960, le Katanga fit sécession du gouvernement de Patrice Lumumba en juillet et déclara son indépendance sous l'impulsion de Moïse Tshombe et des milieux d'affaires pro-occidentaux.

Lumumba fut destitué en septembre 1960 lors d'un coup d'État orchestré par Joseph Mobutu. Tshombe fait alors appel à des mercenaires, dont Tony de Saint-Paul, ex sous-lieutenant de l'armée française, et Bob Denard; de fin 1960 à janvier 1963, ils seront les "affreux".

Les forces militaires sous l'égide des Nations unies menèrent une campagne de deux ans pour réintégrer le Katanga au Congo, conclue par un plan de conciliation national en janvier 1963.

La province du Shaba

En 1966 le gouvernement congolais nationalisa l'Union Minière du Haut Katanga, sous le nom de Gécamines. En 1971, le Katanga prit le nom de Shaba (cuivre en swahili). Au cours des années 1970, plusieurs insurrections furent matées par le gouvernement central Zaïrois avec l'aide de pays étrangers. En 1978 par exemple, le 13 mai, 4 000 rebelles venus d’Angola occupèrent la ville de Kolwezi, le principal centre minier de la province. L'armée nationale fut incapable de tenir le choc. Quelque 700 Africains et 280 Européens trouvèrent la mort lors de cette invasion. Le Zaïre demanda l'aide des États-Unis d'Amérique, de la France,du Maroc et de la Belgique pour restaurer l'ordre. Les 2 800 ressortissants européens restant furent sauvés par le 2e régiment étranger de parachutistes conduit par le colonel Erulin. Cependant il y a toujours la rumeur à Kolwezi que ce sont les services secrets zaïrois qui ont tiré sur les européens afin de faire intervenir les armées belge et française.

En 1993 après l’effondrement du bloc soviétique, la communauté internationale fait pression sur Mobutu afin qu’il démocratise le pays. À la suite d’une large consultation nationale initiée par le Président, une Conférence nationale dite souveraine fut organisée.A l'issue de cette conférence présidée par Mgr Laurent Mossengo, Étienne Tshisekedi, un luba du Kasai, est élu premier ministre. Cette élection provoqua des affrontements meurtriers entre les Katangais "d'origine" et les Kasaiens vivant au Katanga. Du côté katangais, l'inspirateur du mouvement fût le Gouverneur Gabriel Kyungu wa Kumwanza (un Luba du Katanga). Cette situation engendra des déplacement massifs des Kasaiens et la perte de leurs emplois. Pendant une longue période,les deux communautés sont demeurées dans un antagonisme qui fût fustigé par la société civile et notamment la Conférence épiscopale de l'église catholique du Katanga.

La province du Katanga

La province reprit le nom de Katanga en 1997, après la chute et l'exil de Mobutu.

Démographie

Évolution démographique
1998 2003
4125000 8167240

La population du Katanga est de 8 167 240 en 2003, avec 49,7 % d'hommes et 50,3 % de femmes, et un taux de croissance de 3,9 % par an. 61,5 % des habitants ont moins de 20 ans et 52 % moins de 15 ans.

Les différentes ethnies de la province sont le plus souvent mélangées, à cause des différentes migrations au cours des derniers siècles (conquêtes, industralisation). Les groupes dominants sont les Lubas, les Arunds (regroupant les Lundas, les Tchokwés, les Luenas, les Ndembos, les Minungus), les Sangas, les Bembas et les Lambas. Les minorités ethniques sont les Bambote, les Bayazi, les Ndembos, les Batabwas, les Kalwenas et les Hembas.

Codes

Le Katanga, à l'époque de son indépendance, avait pour codes :

Programme balistique

Suite à un accord conclu en 1975 avec le régime du président Mobutu, le Shaba accueillit, sur un espace étendu de 100.000 km², le développement du programme balistique de la société civile allemande OTRAG. Dès 1977, les essais de tirs commencèrent mais sans résultats tangibles. En 1978, une dernière fusée fut tirée mais elle s'écrasa au sol après quelques secondes de vol, un épisode qui devait marquer la fin de ce programme tant par l'absence de succès que par les pressions politiques exercées par l'URSS et les autres voisins africains.

Violence, affairisme et politique au Katanga

Au sud-est de la République démocratique du Congo (RDC), le Katanga continue de soulever des appétits concurrents. L’ex-province du Shaba (1972-1997) est en effet une corne d’abondance qui finance, bon an, mal an, 50 à 80% du budget national. Ressources agricoles, au Nord, et richesses minérales, au Sud, se partagent les 518 000 kilomètres carrés de sol et de sous-sol katangais. Cette répartition naturelle aiguise de longue date une compétition Nord-Sud. Celle-ci s’ajoute à la concurrence entre «originaires» et «non-originaires», legs de l’exploitation coloniale belge. La guerre de 1996-1998 a provoqué une troisième fracture, qui oppose aujourd’hui milices tribales et armée nationale. Et comme par le passé, affairistes et politiciens soufflent sur les braises, souligne un rapport d’International Crisis Group (ICG).

«Katanga: la crise oubliée du Congo», titre le rapport publié le 9 janvier par l’organisme voué à la prévention des conflits, International Crisis Group, ICG. Certes, le Katanga n’a pas connu d’affrontements majeurs depuis 2001, notent les rapporteurs. Mais il serait dommageable pour la paix de le lâcher des yeux comme l’a fait la Mission des Nations unies au Congo (Monuc), pour se concentrer sur l’Ituri ou le Kivu. Jusqu’à fin 2005, 150 casques bleus seulement étaient déployés à Kalemié, au bord de la passoire du lac Tanganyika, pour assurer la protection des installations onusiennes. Et, selon ICG, aucune mission bien précise n’est pour le moment confiée aux 800 hommes qui viennent d’être envoyés dans la métropole régionale du cuivre, Lubumbashi, ainsi que dans la base militaire gouvernementale de Kamina. Pourtant, les fantômes du passé sont de retour. Ils sont même déjà en ordre de bataille avec les nouveaux-venus à Kinshasa, pour affronter la saison électorale 2006, s'inquiètent les rapporteurs d'ICG.

De sueur et de sang, depuis la tutelle belge (1884-1964) et ses déportations de main-d’œuvre rwandaise ou kasaïenne, l’histoire du Katanga suit les cours des matières premières minérales et les lignes de chemin de fer qui sillonnent la région, de Congo en Angola, en passant par la Zambie et jusqu’en Afrique du Sud. Le lac Tanganyika sert pour sa part de cordon ombilical avec la côte tanzanienne. Autant de routes vers l’Occident, et désormais de plus en plus vers la Chine, pour le cuivre, le cobalt et tous les autres minerais dont regorge le sous-sol katangais. Depuis l’indépendance, la foire d’empoigne n’a jamais cessé, de la sécession de Moïse Tshombé à l’assassinat de Patrice Lumumba et à l’avènement du maréchal Mobutu. Elle est repartie de plus belle en 1997, à l’arrivée de Laurent-Désiré Kabila, un Katangais du Nord, mais aussi avec sa sortie brutale, en 2001.

Le populiste Kyungu contre le Kasaïen Tshisekedi

Toujours en prison, le cerveau présumé de l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila, Eddy Kapend est un Katangais du Sud, rappelle ICG, un «descendant» des fameux Gendarmes katangais de Tshombé, exilés en Angola depuis 1963. 2 000 d’entre eux auraient participé à la marche de Kabila sur Kinshasa. Mais au fil de son avancée, Kabila père aurait pris soin de décapiter les «Tigres du Katanga», se défaisant par la suite de la majorité des Katangais d'Angola, au profit d’une hiérarchie militaire tout droit sortie du Nord Katanga. Son fils Joseph n’a pas renié l’héritage. Selon ICG, il s’est en outre attaché les services d’un activiste de l’épuration ethnique sous Mobutu, l’ancien gouverneur du Katanga, Gabriel Kyungu Wa Kumwanza. A la fin des années quatre-vingt, lorsque la faillite de la Gécamines nationale avait laissé quelque 20 000 chômeurs sur le carreau des puits abandonnés, le populiste Kyungu avait fait le plein pour son Union fédéraliste des républicains indépendants (Uferi) et lancé la chasse aux «non-originaires».

En 1991-1992, pendant la Conférence nationale souveraine qui le mettait aux prises avec le Kasaïen Etienne Tshisékédi (le chef de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS)), Mobutu s’était donné un Premier ministre katangais, Nguza Karl I Bond. Au Katanga, les «non-originaires» pourchassés par l’Uferi étaient justement ces nombreux travailleurs venus du Kasaï voisin, et, en particulier de son très négligé Sud-Est. Et cela depuis l'indépendance qui les a vu entrer en masse dans l'administration minière. La plupart d'entre eux appartiennent à la communauté des Baluba. A cheval sur la frontière provinciale, celle-ci se poursuit au nord du Katanga, avec les Balubakat dont se réclament les Kabila et qui sont eux-aussi dans la compétition pour l'emploi au Sud du Katanga. En 1992 et 1993, la campagne de Kyungu contre les «voleurs d’emplois» avait pour coeur de cible tout indiqué les Baluba du Kasaï. Les jeunes miliciens de l’Uferi ont fait quelque 5 000 morts kasaïens (ou assimilés) au Katanga, en particulier dans la cité minière de Kolwezi, et 1,350 million de déplacés. Les ONG ont dû faire un tapage énorme pour que 75 000 personnes détenues dans des conditions effroyables sortent des prisons katangaises. Depuis lors, selon ICG, «de nombreux kasaïens sont revenus à Lubumbashi et à Likasi, évitant Kolwezi et s’inscrivant en nombre à l’UDPS». Gabriel Kyungu n’a pas désarmé.

Le rapport d'ICG s'attarde sur l'itinéraire de Kyungu depuis 2001 et sa création d'une Union des nationalistes et des fédéralistes congolais (Unafec), en marge des négociations intercongolaises de Sun City, en Afrique du Sud. Il s'agissait pour l'ancien gouverneur du Katanga de refonder en quelque sorte l'Uferi en s'appuyant notamment sur les Balubakat et les Bahemba qui «représentent 30% de la population du Katanga», explique ICG. Mais en mai 2004, à défaut d'être renommé gouverneur, «Kyungu a annoncé qu'il ferait campagne contre Joseph Kabila à la présidentielle», exerçant des mois durant tout un chantage jusqu'à ce qu'en «septembre 2004, Kyungu annonce au contraire qu'il conduirait la campagne de Kabila au Katanga». Selon ICG, l'alliance avec Kyungu aurait provoqué des disputes au sein du parti de Joseph Kabila, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD). Mais l'Unafec et ses jeunes miliciens seraient désormais au Katanga un machine de guerre présidentielle contre l'UDPS, mais aussi contre Solidarité katangaise de Jean-Claude Muyambo, une ONG particulièrement bien implantée parmi les Babemba, les Balemba et les Balala du Katanga. ICG prête aussi à Jean-Claude Muyambo des amitiés avec Olivier Kamitatu, président de l'Assemblée national de transition et membre indécis du Mouvement pour la libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba, l'ancien chef rebelle de l'Equateur, vice-président de la transition.

Les maï maï et les Tigres katangais

Pour illustrer le climat qui prévaut dans la pré-campagne électorale qui bat son plein au Katanga, ICG cite les propos télévisés de certains leaders de l'Unafec contre Muyambo, surnommé «l'albinos» pour ses ascendances hollandaises, un «drôle d'oiseau» que ses adversaires proposent au bon peuple de «piéger, cuire et manger». Selon ICG, le pire n'est pas seulement dans la propagande ou le jeu local des contre-vérités, mais surtout dans les réseaux parallèles, animés depuis Kinshasa par Joseph Kabila, et qui oeuvrent en sous-main au Katanga sur les terrains politique, militaire et économique. Cela expliquerait nombre de péripéties katangaises, souvent incompréhensibles au premier abord. Outre la perpétuation du pillage du Katanga via une kyrielle de petites sociétés, ICG souligne également le danger que représentent les milices tribales activées par les Kabila père et fils pour empêcher les amis congolais du Rwanda de mettre la main sur les mines katangaises. Depuis le début de la transition, ces maï maï sont devenus des concurrents pour les soldats de l'armée nationale en cours de restructuration dans un DDR (démobilisation-désarmement-réintégration) que la Monuc peine à mettre en oeuvre. Là-aussi, des activistes locaux cherchent à mettre la main sur un futur électorat docile en pratiquant un DDR à leur manière.

Quant aux chefs maï maï, achetés ou abusés par Kinshasa, et qui faisaient le coup de feu avec des combattants de l'ancien régime rwandais basés à Lubumbashi, certains ont déjà oublié leurs troupes livrées à elles-mêmes quand d'autres restent sur le qui-vive, terrés dans leur fief local. Et pour corser le tout, ICG évoque la première visite de Joseph Kabila au Katanga, peu après l'arrestation, fin avril 2005 d'André Tshombé, le fils de Moïse, à Lubumbashi. Le 9 mai 2005, à la surprise générale, souligne ICG, Kinshasa l'accusait de tentative de sécession. Aucune preuve n'a par la suite été présentée, ajoute ICG, qui indique qu'André Tshombé préside un parti politique important au Katanga, la Confédération congolaise nationale (Conaco). Mais, surtout, note ICG, «Tshombé a des liens avec les Tigres du Katanga dont 14 000 seraient toujours en Angola» où «il les aurait contacté à plusieurs reprises en 2004 pour les encourager à rentrer, de la part de Kabila». Selon ICG, il aurait en fin de compte décidé de rouler pour son propre compte, comptant «sur le soutien de partis belges pour sa campagne 2006 au Katanga». Au total, il s'avère difficile de suivre le jeu compliqué des politiciens en compétition au Katanga. Pour sa part, le rapport d'ICG brosse un tableau qui augure des batailles électorales à hauts risques. 

Moïse Katumbi, l'actuel gouverneur du Katanga


14/03/2009
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