Le Blog de Sacrebopol

DOSSIER UDPS

Dossier sur l’enregistrement de l’Udps

 

Par  Le Potentiel

 

Une semaine avant l’échéance redoutée du 30 juin 2005, Le Potentiel posait la question de savoir « Pourquoi l’Udps a-t-elle choisi d’être seule contre tous en ce moment précis ? » (in Le Potentiel du 22 juin 2005). La réponse viendra du conseiller politique d’Etienne Tshisekedi, Me Mukendi : « L’Udps se sent exclue du processus électoral ». Il faisait allusion au refus du ministre de l’Intérieur, Théophile Mbemba, d’accorder à ce parti politique un arrêté d’enregistrement. Question : « L’Udps est-elle exclue ? Il faut vider tout l’abcès de cette affaire, prendre le taureau par les cornes et aller au fond du dossier. Sans complaisance ni a priori. Ce dossier va d’abord revisiter l’évolution de ce parti, de la clandestinité jusqu’au Dialogue intercongolais, en focalisant l’attention sur le leadership. Ensuite, nous interrogeons la loi du 15 mars 2004 sur les partis politiques, pour faire parler le droit, quand bien même les réalités politiques peuvent toujours remodeler le problème.

 

1. Udps : de la clandestinité à Sun City

 

On l’appelle, à bon droit, « la fille aînée de l’opposition ». Au plus fort de la dictature de Mobutu Sese Seko, l’Union pour la démocratie et le progrès social (Udps) avait osé regarder le Maréchal droit dans les yeux, pour lui dire son fait. Contrairement aux opposants qui fuyaient le pays, pour aller agir à l’étranger, les fondateurs de l’Udps vont le défier et le braver sur place. Du jamais vu. Ils recevront les foudres du dictateur dans leurs chairs, dans leurs biens et dans leurs familles. Sans faillir ni plier.

Faisant preuve d’un courage suicidaire, ils feront basculer l’histoire du Zaïre. Ils seront ainsi les architectes du « printemps démocratique zaïrois » de 1990. Dans ce groupe, Tshisekedi Etienne va apparaître comme le plus intransigeant, le plus courageux et le plus opposé à Mobutu. Toute l’histoire interne de l’Udps bascule, malheureusement, en un duel aux couteaux entre Etienne Tshisekedi et Frédéric Kibassa Maliba, deux grands amis au départ, mais très vite réduits au « je t’aime, moi non plus ».

 

CREATION DU PARTI

 

Le 1er juillet 1978, le président Mobutu fait un discours remarquable. Il s’engage à opérer une ouverture démocratique. En effet, trois mois auparavant, il venait de faire face à une guerre meurtrière au Katanga, du fait du Fnlc du général Mbumb Nathanaël. Dans la suite, seront organisées des élections législatives très libres. Le Parlement qui en sort, se remarque par une réelle indépendance de ton, et d’esprit. Il en découlera les fameuses interpellations des ministres (Commissaires d’Etat) et des Pdg d’entreprises publiques en direct à la radio et à la télévision nationale. Le peuple est très content. Cela va durer deux ans.

 

Lors de l’interpellation du Pdg de la Sozacom (Société zaïroise de commercialisation des minerais), Lukusa Mwengula, les scandales dévoilés orientent les regards vers Mobutu lui-même. Il suspend brusquement ce mode de contrôle parlementaire, la veille de l’interpellation du gouverneur de la Banque centrale. Il s’ensuit une forte frustration dans la population, mais surtout au Parlement.

 

Sous l’influence de Joseph Ngalula Mpandanjila, un groupe de parlementaires réalise un sulfureux « Document de 52 pages » destiné à Mobutu. C’est un réquisitoire, sans complaisance, du régime au pouvoir. Ce document, qui date du 1er novembre 1980, tient à démocratiser le Mpr-parti-Etat de l’intérieur. Ce n’est pas encore la création d’un second parti politique, interdit par la Constitution en vigueur. Ses auteurs seront arrêtés et déchus de leur mandat et frappés de mesures privatives de leurs droits civiques et politiques par la Commission permanente de discipline du Comité Central du Mpr. Il s’agit de Ngalula Mpandanjila, Dia Onken, Kyungu Wa Kumwanza, Kasala Kalamba, Ngoyi Mukendi, Lumbu Maloba, Lusanga Ngiele, Kapita Shabangi, Tshisekedi Wa Mulumba, Kanana Tshiongo, Majanda Mpinga, Biringanine Mubaruka. Alors qu’il n’était pas élu parlementaire, mais élu au Bureau politique, Kibassa Maliba va poser un acte de courage politique, en se solidarisant avec ce groupe de parlementaires. Il sera aussi arrêté et soumis aux mêmes sanctions. Désormais, on va parler du « groupe des 13 ».

 

En fin décembre 1980, tous sont relégués dans leurs villages d’origine. Un an après, la mesure d’assignation à résidence est levée. Ils rentrent à Kinshasa. Courant janvier 1982, ils se réunissent fréquemment et décident de créer leur parti politique, interdit par la Constitution. Ils vont coopter quelques personnalités en dehors du Parlement. Il s’agit notamment de Bwankiem, Dikonda, Lihau et Bosase.

 

En tant qu’aîné du groupe, Joseph Ngalula tient à être le président. Makanda et Tshisekedi s’y opposent. Ils proposent Kibassa, pour le féliciter d’avoir claqué la porte du mielleux Bureau politique afin de crédibiliser leur action parlementaire. Ainsi, le président du parti sera Kibassa Maliba, suivi de trois vice-présidents : Ngalula, Mbwankiem et Lihau. Tshisekedi est secrétaire national à l’organisation, Makanda aux relations extérieures, Kanana à la jeunesse, Lumbu à la justice.

 

L’Udps est ainsi créée le 15 février 1982. Deux jours après, le vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, Vundwawe, les convoque à son cabinet pour les mettre en garde. Leur porte-parole Kibassa demande d’aller se concerter avec les autres. Le 20 février, Kibassa, Ngalula et Tshisekedi reviennent au cabinet de Vundwawe. Pour toute réponse, ils lui remettent une lettre destinée au Président Mobutu. Ils l’informent de la création de leur parti et lui demandent une audience pour « harmoniser les points de vue sur les prochaines élections ».

 

Du 28 février au 12 mars 1982, Kibassa et Lumbu vont au Katanga pour implanter l’Udps. Ils y trouvent Kyungu et Lusanga. Ils y bénéficient d’un appui résolu, entre autres de Meta Mutombo, Sambwe, Dienda… A Kinshasa, Ngalula et Tshisekedi sont actifs. Tous ces treize fondateurs, associés à six personnalités (Sambwe, Meta, Kabule, Katompa, Mangabu et Birindwa) seront condamnés en juillet à 15 ans de prison. Ils seront libérés le 21 mai 1983 suite à une loi d’amnistie. Ayant refusé de réintégrer les rangs du Mpr, ils sont de nouveau arrêtés et relégués dans leurs villages d’origine, le 13 novembre 1983.

 

NEGOCIATIONS

 

Durant cette nouvelle relégation, Shambuyi Makanda Mpinga est très malade dans son village de Bena Mwalaba. Les autres fondateurs du Kasaï (chacun consigné dans son village : Tshisekedi à Mupompa, Ngalula à Bakwa Nsumbi, Kanana à Bena Tshimuna) tiennent à le sauver absolument. Il va s’enclencher une négociation avec le pouvoir représenté par le gouvernur du Kasaï Oriental, Pambia Musanga. Jonas Munkamba, alors Pad de la Miba, est mis dans le coup. Il apporte l’argent et la logistique. Les négociations auront lieu au Lac Munkamba. Vu leur âpreté, il y aura « Lac Munkamba 1 et 2». Makanda Mpinga est envoyé pour les soins à Kinshasa. Mais, il va mourir vers fin 1986 à la Clinique Ngaliema.

Les négociations vont continuer pour aboutir aux « négociations de Gbadolite ». Nous sommes en 1987. Les fondateurs du Kasaï négocient avec les hommes de Mobutu, pour le compte de toute l’Udps. Accord est trouvé pour changer l’article 33 de la Constitution en enlevant « Parti-Etat ». Le Mpr est la nation zaïroise organisée politiquement. Ce qui reconnaît le droit aux tendances, dont l’Udps. Un autre point d’accord est l’entrée au Comité central du Mpr de toute la présidence de l’Udps (Kibassa, Ngalula, Bwankiem), la nomination des autres fondateurs à la tête des entreprises publiques, la nomination d’Etienne Tshisekedi à la primature en tant que Premier Commissaire d’Etat.

Les négociateurs de l’Udps vont exiger, pour la conclusion de l’accord, la présence du Président du parti, Kibassa Maliba. Celui-ci est consigné dans son village vers Bunkenya au Shaba (Katanga). Ordre est donné de le ramener à Lubumbashi à l’Etat-Major T2 de la Force terrestre, ensuite au camp Rva sous la garde du lieutenant-colonel Badingaka, l’actuel vice-ministre à l’Energie. Mobutu va procéder en deux temps. D’abord, il envoie à Lubumbashi son ami, le journaliste de Jeune-Afrique, Senen Andriamirado qui fera un reportage attestant la bonne santé du prisonnier Kibassa. L’article ne va pas plaire à ce dernier, qui rédigera un droit de réponse. Mobutu est faché contre les gardes de Kibassa qui ont laissé sortir et entrer les documents. Le lieutenant-colonel Badingaka est en danger. L’Udps le fait fuir de Lubumbashi pour le cacher à Kinshasa, d’où il démissionnera de l’armée. Ensuite, Mobutu envoie, à Lubumbashi, Nkema, Koyagialo et Pambia. Leur avion, qui transporte Kibassa, passe par Mbuji-Mayi pour prendre les fondateurs du Kasaï.

Tous signeront les accords de Gbadolite de 1987 et vont demander à Mobutu d’aller se faire soigner en Europe. Mobutu accepte et met les moyens, mais refuse que Tshisekedi et Kibassa puissent partir en même temps. Ils risquent de se rebiffer.

Le premier lot qui voyage est fait de Tshesekedi, Ngalula, Lusanga et Birindwa. Ils vont parcourir l’Europe pour expliquer l’Accord avec Mobutu et inviter la Communauté internationale à la vigilance, car Mobutu est un félin qui peut revenir sur sa parole. De plus en plus, Mobutu n’est plus content. Alors, à l’étape de la Suisse, il n’envoie pas l’argent nécessaire. Tshisekedi comprend très vite. Il menace de tenir un meeting populaire à son retour au pays pour dénoncer la fourberie du dictateur. Il revient au pays le 8 janvier 1988. Mobutu envoie Honoré Ngbanda chez Kibassa pour convaincre Tshisekedi d’abandonner. Ce dernier répond par un niet vigoureux.

Le meeting est fixé au 17 janvier 1988 au Pont Cabu (pont Kasa-Vubu). Le lieu va connaître une alfluence record. Tous les services de renseignement sont aux aguets. Tshisekedi brave le danger, il y arrive encadré par Omer Kamba et Matthieu Mulaja. La violence s’abat sur Pont Cabu. Tshisekedi est blessé à la tête, Omer Kamba reçoit un coup de poignard aux reins, en voulant couvrir Tshisekedi qui est amené au Sarm (Renseignement militaire), puis acheminé à la prison de Makala, désormais gardée par des blindés.

Par ce courage suicidaire du Pont Cabu, Tshisekedi capitalise sur lui toute la lutte contre Mobutu. Le mythe Tshisekedi est né, il devient la révélation. Désormais, tout le monde associe l’Udps à Tshisekedi, quand bien même ce n’est pas lui le président. Un mois après, il sort de Makala. Il va recevoir la presse internationale et les visiteurs chez Kibassa, dont la résidence ne peut être violée, du fait de sa présence au Comité central.

 

TSHISEKEDI JETTE L’EPONGE, LA DPR EST CREEE

 

Au début mars 1988, Mobutu attend Tshisekedi sur le bateau à N’sele. Il envoie Ngbanda, qui prend Tshisekedi et Kibassa. Une fois dépassé l’aéroport, Ngbanda exige de Tshisekedi d’enlever le costume et la cravate. Tshisekedi s’énerve et refuse carrément d’aller au bateau. Il décide de rentrer. Mobutu qui attend en vain, trouve en cela un défi. Il décide d’arrêter Tshisekedi. Le général Donat Mahele, usant d’un stratagème, va convaincre Tshisekedi de sortir de la résidence de Kibassa et l’arrête.

Tshisekedi est relégué à Dungu (Haut-Zaïre, l’actuelle province Orientale). Mobutu le frappe très fort. Il est placé sous diète, sans eau ni nourriture. Cela va durer cinq mois. Il est libéré suite à la pression du congressman noir américain Dumally.

A sa sortie, Tshisekedi est très monté contre l’Udps qui n’a rien fait pour sa libération. Il est très amer contre le peuple zaïrois. Alors, il décide d’arrêter avec la politique. Il veut se consacrer à ses affaires. Mobutu exulte. Il l’encourage et promet de l’aider. Face au vide à la tête de l’Udps avec les fondateurs incorporés dans les structures du Mpr, et maintenant Tshisekedi, l’irréductible qui jette l’éponge, quelques jeunes turcs décident de reprendre le flambeau. Il s’agit de Sita, Tumbabo, Kamba, Mulaja, Omene, Katombe, Mbula, Paluku, Mulomba Deton. Ils créent la Direction politique rénovée (Dpr) de l’Udps. Ils veulent radicaliser la lutte en excluant tous les leaders. Ils écrivent à Tshisekedi pour lui dire qu’ils vont continuer sans lui. Piqué au vif, Tshisekedi les appelle : il est avec eux. Il informe les formateurs, dont certains s’intègrent dans cette vision. D’autres pas.

C’est là le début de l’aile dure, et l’aile modérée à l’Udps. La première, personnifiée par Tshisekedi sera minoritaire au sein du parti. Elle va échouer à toutes les élections qui suivront au sein de l’Udps. Mais, sera sociologiquement légitime et populaire. Tshisekedi va convaincre le président Kibassa de donner l’intérim du parti à Lihau qui est à Boston aux Etats-Unis. La radicalisation de Tshisekedi pousse Mobutu à le mettre en résidence surveillée, non plus sur le boulevard du 30-Juin, mais sur Pétunias, à Limete.

 

DISCOURS DU 24 AVRIL DE MOBUTU A N’SELE

 

Le discours du 24 avril 1990 de Mobutu à N’Sele, trouve Tshisekedi prisonnier chez lui. Tous les militaires, qui le gardaient, vident les lieux le même jour. Tshisekedi devient la vedette. Son mythe tend à la divinisation. Le même jour, Kibassa, qui revient de N’Sele, passe directement chez Tshisekedi, accueilli par des combattants survoltés aux cris « président… ». Mbwankiem revient aussi à l’Udps. Ngalula, qui était aux soins en Afrique du Sud, refuse de revenir à l’Udps.

L’intérim de Lihau ira jusqu’au 30 juin 1990, avec son retour au pays. Par une circulaire du 16 juin 1990, l’Udps est dirigée, non plus par un président, mais un directoire composé de quatre fondateurs : Kibassa, Lihau, Tshisekedi et Bwankiem. Ils vont, en outre, couvrir les quatre aires linguistiques du pays : Kibassa (l’aire swahili), Lihau (l’aire Lingala), Tshisekedi (l’aire Luba) et Bwankiem (l’aire kongo). C’est la naissance de quatre interfédérales. C’est cette structure qui fera enregistrer l’Udps au ministère de l’Intérieur le 17 janvier 1991. Les débats internes sur cet enregistrement avaient créé une première déchirure.

Tshisekedi y était opposé. Kibassa y tenait pour mettre fin aux tracasseries des Forces de l’ordre. Au vote organisé le 15 janvier 1991, six fondateurs sur dix-huit votent non : Thérèse Kanyeba (veuve Makanda), Mukoka, Kapita, Belanganayi, Diayikwa et Tshisekedi. La majorité vote pour l’enregistrement. Kana, Lumbu et Lusanga vont accompagner Kibassa à la Cour suprême de justice pour l’enregistrement. Ainsi, psychologiquement et du point de vue moral, cet enregistrement est attribué à Kibassa. Mais, juridiquement, le bénéficiaire était toute l’Udps originelle. Ce fut le début des frustrations : Tshisekedi va persister à rejeter cet enregistrement, qui revenait à s’agenouiller devant le dictateur et lui faire allégeance.

Au regard de la puissante popularité de Tshisekedi, le Collège des fondateurs décide à l’unanimité de l’investir comme son candidat à la Primature. Cela sera respecté, jusqu’à la veille de la chute de Mobutu, le 17 mai 1997. Donc, Tshisekedi devenait le candidat de l’Udps, sans en être le président. Cette structure organisationnelle ira jusqu’au Conclave de Bondeko en juillet 1994.

 

CONCLAVE DE BONDEKO

 

En mai 1993, Kibassa est autorisé par l’Udps à effectuer une tournée en Europe, sous le parrainage du Parti socialiste belge. Il est autorisé, en outre, à affilier l’Udps à l’Internationale socialiste. Tshisekedi n’est pas de cet avis, il penche vers l’Internationale chrétienne. Ainsi, il sera minorisé au Collège des fondateurs, qui reconfirme le choix initial. Mais, à l’Internationale socialiste, on tient à une structure traditionnelle d’une direction avec un seul président, au lieu de quatre. D’où, le conclave de Bondeko (Centre de Bondeko, Limete) en juillet 1994 pour restructurer le parti.

Sur la hiérarchisation de la présidence du parti, Tshisekedi est opposé à d’autres fondateurs. Il tient à garder, pour des raisons stratégiques, la structure collégiale du Directoire. Ainsi, il y aura deux votes. L’un, sur la hiérarchisation de la présidence. Au cas positif, le deuxième vote devra désigner le président. Au premier vote, la majorité des fondateurs opte pour le retour à un poste de président. Ensuite, vient l’élection du président entre Tshisekedi et Kibassa. Ce dernier l’emporte par douze voix contre six.

Il y a de la frustration dans le camp de Tshisekedi. Lui-même s’incline, mais n’est pas d’accord avec les orientations du Conclave. Les cercles de réflexion pro-Tshisekedi expriment leur désaccord ferme avec le Conclave. Ils engagent un bras de fer avec le Collège des fondateurs, majoritairement pro-Kibassa. Les groupes Rapide (d’Olivier Kabangu) et Cerepro (d’Alexis Mutanda, Tshilombo, Mbayo Marcel) investissent les jeunes combattants, jusque là vigiles du parti, pour en faire des « parlementaires debout ». Alimentés par Kapita et Kalele, ils vont interférer dans les affaires du parti en penchant vers les vues de Tshisekedi. Ils ont des méthodes fortes et expéditives.

 

LA RUPTURE

 

Toutes ces réformes exigent l’amendement des statuts qui seront paraphés par Bwankiem, Kibassa et Tshisekedi, à part Lihau malade à Boston. Ainsi, ces statuts étaient endossés par l’ ancien Directoire, qui passait ainsi la main. Le Comité national, Parlement du parti, est dirigé par un pro-Tshisekedi, le professeur Mulumba Katchy. L’élection pour trouver un secrétaire général va opposer un modéré, le général Molongya, qui tenait à réconcilier Kibassa et Tshisekedi, au docteur Phongo, un anti-Kibassa avéré. Ce dernier va l’emporter et dans son discours d’investiture, il s’engage à suivre les orientations du président Tshisekedi. Après élection, ses trois adjoints seront des pro-Tshisekedi : Olivier Kabangu, Ugen et Sadiki. Le Dr Phongo passe outre pour aller au Comité national. Lequel le renvoie au Collège des fondateurs pour respecter les statuts et créer l’équilbre.

Face à l’impasse, le Collège des fondateurs crée une commission de conciliation dirigée par le secrétaire national à l’idéologie, Roger Gisanga, agissant comme expert et consultant au Collège des fondateurs. Ils vont entendre le Dr Phongo. Mais la rumeur circule chez les parlementaires debout, que la commission tient à empêcher le Dr Phongo de travailler. Ces jeunes gens entrent brutalement dans la réunion, avec bouteilles et pierres. Un projectile atteint Gisanga qui, en plus de l’émotion, meurt sur le coup. Nous sommes en octobre 1995.

Cette mort est le véritable détonateur de la scission. Les combattants originaires du Bandundu sont très montés contre Tshisekedi. A la messe de requiem à Saint Augustin de Lemba, Tshisekedi et Kibassa y vont chacun dans sa voiture et ne vont pas s’adresser la parole. Suite aux menaces des proches de Gisanga, Tshisekedi ne va ni au deuil à Lemba ni à l’enterrement, où Kibassa va s’écrouler suite à l’hypertension.

Au lendemain de l’enterrement, Kapita déclare dans une conférence à l’école Academia de Kasa-Vubu « la création d’une Udps orthodoxe et radicale », présidée par Etienne Tshisekedi. Ils se désolidarisent d’avec les résolutions de Bondeko. Tshisekedi va voir Kibassa convalescent pour lui demander d’entériner l’équipe du Dr Phongo. Kibassa s’y oppose fermement et le ton monte. Tshisekedi et Bwankiem vont signer cet entérinement. Le Collège des fondateurs s’y oppose pour illégalité. L’Udps plonge dans ce dysfonctionnement jusqu’au retour de Kibassa des soins d’Afrique du Sud en janvier 1996. Une semaine durant, il n’y a aucun contact entre Kibassa et Tshisekedi. Ce dernier organise un meeting à la parcelle voisine de celle de Kibassa sur la 12ème rue. Kibassa y est absent. Les co-fondateurs pro-Tshisekedi constatent l’auto-éjection de Kibassa. Ils signent avec Mbwankiem et Tshisekedi l’exclusion de Kibassa et le retour à la formule du Directoire. En réaction, les cofondateurs proches de Kibassa se réunissent les 21 et 22 février 1995. Estimant le quorum atteint, par leur nombre de douze sur 18, ils constatent « la dissidence de Tshisekedi ».

L’Udps vit ainsi un dédoublement de ses structures, mais sur fond du même statut et du même enregistrement. La majorité des fondateurs se réunissent chez Kibassa, les dans la parcelle voisine. Chaque camp considère l’autre comme dissident. Le camp pro-Tshisekedi fonctionne avec le Dr Phongo comme secrétaire général ; l’autre camp aligne comme secrétaire général le Dr Bazinga. En conséquence, les combattants se divisent aussi. La scission est consommée. Malgré cela, Kibassa va présenter la candidature de Tshisekedi à Mobutu pour la primature en mars 1997 après la chute de Kisangani entre les mains des rebelles de l’Afdl. Kibassa agissait comme président de l’Usoral et de l’Udps.

 

ENTREE DE L’AFDL A KINSHASA

 

Après le 17 mai 1997, le nouveau pouvoir suspend les activités politiques. Deux pro-Tshisekedi entrent au gouvernement en renonçant à l’Udps. Il s’agit de Kapita et du professeur Mulumba Katchy. Kibassa y entre aussi en y obtenant de M’Zee Kabila le droit de se réclamer de l’Udps et de porter son insigne.

Les contacts de M’Zee Kabila avec Tshisekedi se brisent suite aux exigences de ce dernier d’être considéré comme Premier ministre de la Conférence nationale souveraine. Or, M’Zee Kabila ne reconnaissait pas cette instance. L’autre exigence était le renvoi de tous les étrangers qui accompagnaient Kabila.

La loi sur les partis politiques du 29 janvier 1999 ayant abrogé celle du 18 juillet 1990, le Collège des fondateurs pro-Kibassa s’estimant majoritaire, demande à Kibassa de faire enregistrer l’Udps. Les statuts sont modifiés pour s’adapter à la nouvelle loi. Ils seront notariés le 25 mai 2000. M’Zee Kabila, qui tient à voir Kibassa dans les Comités du pouvoir populaire (Cpp), va l’éjecter du gouvernement, après l’enregistrement de l’Udps le 23 septembre 2000. Les fondateurs consacrent Kibassa comme président. Ngoyi Mukendi Edmond est élu 1er vice-président, tandis que Charles Dia Onken Ambel l’est comme 2ème vice-président.

Dans le camp de Tshisekedi, beaucoup désertent en entrant au gouvernement : Bandoma, Kapita, Mulumba Katchy, Bwankiem présente son fils nommé vice-ministre aux Affaires étrangères. Tshisekedi entre dans une opposition radicale à M’Zee Kabila.

 

DIALOGUE INTERCONGOLAIS

 

A la suite de Tshisekedi, un groupe d’autres politiques s’opposent à la loi du 29 janvier 1998 et au régime en place. G14, Fonus, Anader, Mpr/Fait privé, Udps aile Tshisekedi… Dans l’élaboration de la liste des participants au Dialogue, le facilitateur Ketumile Masire ne retient que ce groupe au titre de l’opposition démocratique. Malgré sa rupture avec Kabila, Kibassa et son Udps ne sont pas reconnus comme opposants, même cas du Mdd de Kisombe enregistré sur base de la loi du 29 janvier 1999. Même exclusion contre Kinkela vi Ka’nsi, la Docteur Sondji et le professeur Vunduawe.

Kibassa qui a initié une plate-forme, la Copop, écrit au facilitateur le 18 mars 2002. Il se déclare Président national de l’Udps « le seul parti reconnu légalement ». Autour du nom Udps, il estime que « après le Dialogue intercongolais, dans le cadre des lois et décisions prises par le Dialogue intercongolais, je reste ouvert et je suis prêt à négocier avec M. Etienne Tshisekedi, étant entendu que nous sommes tous les deux initiateurs de ce nom, et co-fondateurs de ce parti depuis sa fondation ». Finalement, Kibassa ne sera pas autorisé à siéger au Dialogue intercongolais. Kibassa Maliba va mourir le 4 avril 2003, jour où la Constitution est promulguée.

Le 15 mars 2004, est promulgué la loi portant organisation et fonctionnement des partis politiques. Deux jours après, l’Udps courant Tshisekedi transmet son dossier au ministre de l’Intérieur pour son enregistrement. Le 30 août 2004, Ngoyi Mukendi, assumant l’intérim au courant pro-Kibassa, écrit aussi au même ministre, pour le même objet.

 

Les Treize parlementaires historiques 1. Gabriel Biringanine Mugaruga (décédé) 2. Charles Dia Oken-a-Mbel 3. Walter Isidore Kanana Tshiongo-a-Minanga (décédé) 4. Paul-Gabriel Kapita Shabani 5. Célestin Kasala Kalamba ka Buadi (décédé) 6. Oliviera da Silva Gabriel Kyungu wa ku Mwanza 7. Protais Lumbu Maloba Ndiba 8. François Lusanga Ngiele 9. Anaclet Makanda Shambuyi Mpinga (décédé) 10. Symphorien Mbombo Lona 11. Joseph Ngalula Mpanda Njila (décédé) 12. Edmond Ngoyi Mukendi Muya Pandi 13. Etienne Tshisekedi

 

Le Collège des fondateurs 1. Frédéric Kibassa-Maliba 2. Etienne Tshisekedi wa Mulumba 3. Vincent Mbwankiem Niaraliem 4. Christophe Belanganay 5. Zéphyrin Diayikwa 6. Thérèse Kanyeba Makanda 7. Paul Kapita Shabangi 8. Raymond Mukoka Muena-Kavula 9. Edmond Ngoy Mukendi 10. Benard Nkwedi 11. Georgette Tota-laba 12. Alphonse Mpasi Tshiangani 13. François Lusanga Ngiel (en mission) 14. Isidore Kanana Tshiongo (en mission) 15. Ferdinand Simba (malade) 16. Jacques Tshilemb Kot (empêché) 17. Léopold Sambwe (empêché) 18. Gabrieline Mujinga (empêché) 19. Athanase Kengele

 

TSHILOMBO MUNYENGAYI ASS. FAC. DROIT, UNIKIN

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



25/01/2011
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