Le Blog de Sacrebopol

LE PEUPLE, TSHISEKEDI ET KAMERHE ONT CHANGÉS

LE PEUPLE, TSHISEKEDI ET KAMERHE ONT CHANGÉS

Paru dans Le Potentiel n° 5112 du jeudi 23 décembre 2010

 

Bonjour, de la part de l’empêcheur de rêver en paix.

 

L’année 2010 se termine en sprint, après un départ nonchalant. La faute à trois généraux : Cardinal Monsengwo le veilleur, Etienne Tshisekedi le baroudeur infatigable, et Vital Kamerhe le jeune turc aux longs crocs. En l’espace de deux semaines, ils ont posé des discours qui réécrivent totalement la donne politique.

On aurait pu aussi citer Joseph Kabila avec sa présentation de l’état de la nation, malheureusement on connaît le discours par cœur depuis 2007. Laurent Cardinal a été haut et sublime, piquant et soufflant comme d’habitude. Mais ce n’est pas de lui qu’il sera question aujourd’hui. La vedette à Etienne Tshisekedi et à Vital Kamerhe qui nous disent avoir changé. Qu’en est-il au juste ?

Kamerhe : « oui, je vous ai menti »

Après avoir joué des coudes et des bras pour être aux premiers rangs à l’arrivée et au congrès de Tshisekedi, l’ancien meilleur ami de Joseph Kabila (cfr son livre « Pourquoi j’ai choisi Kabila ») a lancé avec fracas son propre parti politique, l’UNC, avec l’intention avouée de briguer la magistrature suprême, apparemment dans une stratégie commune avec Tshisekedi. Au cours du congrès de l’UDSP, le parti du patriarche, abordé par un journaliste, Vital Kamerhe a dit : « il est temps de faire son mea culpa. » Il reconnaît s’être trompé. Voilà qui est bien.

Quelques jours plus tard, parti en tournée-conquête sur les terres qu’il avait défrichées pour l’actuel locataire du Palais de la Nation, il aurait eu ces mots « Oui, je vous ai menti. » De mieux en mieux !

Depuis quelque temps, chaque jour nous rapporte images et reportages de gens qui s’empoignent autour de Kamerhe. Apparemment ce sont des militants du PPRD qui caillassent le renégat. Nenni, répliquent les partisans de Joseph Kabila pour qui les cailloux proviennent de ceux qui reprochent au fils du pays d’avoir menti et porté une part de responsabilité dans la continuation des malheurs de l’est. Où cela nous mène-t-il ? Faut-il prendre parti dans cette guerre fratricide entre Kabila et Kamerhe ou les laisser solder leurs comptes ?

Je pense que la sagesse est de ne pas nous mêler de bagarres qui ne nous regardent pas. Même le sage Jésus a eu cette attitude quand deux frères se disputant un héritage ont sollicité son arbitrage. Envers et contre tous, Kamerhe a soutenu Kabila, lui offrant sur un plateau d’argent le grand Kivu avec des votes à 99.99 % (les méchants et les jaloux ont parlé de 150 %). Par Envers et contre tout, même contre sa conscience, car il reconnaît aujourd’hui avoir menti et dit mea culpa. Un tel engagement ne se fait pas pour rien, et nous ne savons pas ce qu’ils se sont promis en secret. Ceci nous rappelle un certain M’Zee LDK, qui voulait chasser Mobutu à n’importe quel prix, et qui plus tard, nous parlera d’un accord qui n’engageait que lui « Lemera », à cause duquel il a perdu la vie.

Le départ de Kamerhe de l’assemblée nationale n’est pas consécutif à une conversion de cœur mais à deux raisons qui n’ont rien à voir avec l’évangile. Primo : il n’avait pas été informé du plan militaire concocté par le Chef de l’Etat et Kagame en l’ignorant. Secundo : l’ambition politique personnelle. Dès le lendemain des élections de 2006, VK n’a pas caché son ambition présidentielle, allant jusqu’à narguer JK en paraissant dans le même journal (Jeune Afrique) juste une semaine après un magazine consacré à ce dernier. Il n’y a rien d’étonnant à ce que le cercle katangais saisisse l’occasion pour le diaboliser et l’éjecter du perchoir. Kamerhe est intrépide, et l’intrépidité a un prix. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre.

Nous n’avons rien contre la repentance, surtout quand elle est publique. Là où l’oreille du veilleur se dresse c’est quand le pénitent se montre pressé. « Pardon Messieurs et dames je vous ai menti », et l’instant d’après « Je suis devenu opposant et je veux être votre président. » Non, non et non ! La pénitence vraie doit s’accompagner d’humilité. Il faut nous laisser le temps de tester votre sincérité à l’épreuve du temps, car en ces temps électoraux, l’histoire nous apprend que les retournements de vestes opportunistes sont légion. Voilà pourquoi, je recommanderais à Kamerhe de battre campagne pour la députation et attendre 2016 pour réchauffer ses ambitions présidentielles. Il n’est pas bon de donner l’impression que l’on est prêt à mettre le pays à feu et à sang pour servir son ambition personnelle, car, si effectivement Kamerhe a lâché ses anciens compagnons, il faut s’attendre à des règlements de compte sans merci et même sanglants.

Tshisekedi : « adieu le nationaliste ombrageux »

De son côté, l’opposant du cinquantenaire (il est en politique depuis 1960) revient au pays après avoir discuté avec le conseiller politique de Sarkozy. Interrogé sur cette ouverture inimaginable à l’époque du grand Sphinx, il répond « Oui, Tshisekedi a changé. »

Serait-il devenu sur le soir de la vie adepte de la troisième voie, autrefois prêchée par Mgr Monsengwo, qui recommandait d’abandonner les extrêmes pour chercher des compromis bénéfiques à la communauté en cédant un peu de son ego ? Dans ce cas, la correction recommande au grand sphinx de reconnaître ses erreurs publiquement et réparer le préjudice moral qu’il a fait subir à celui qui est devenu aujourd’hui le Cardinal du Congo. Ce n’était là qu’une parenthèse. Passons à l’essentiel.

Il est moins facile de changer que de le dire ? Tshisekedi est connu comme un opposant, quelqu’un qui peut dire non. Mais être opposant est-ce être démocrate dans son esprit et dans son vécu ? Un petit exemple inquiétant : pendant les trois ans de son absence, on a constaté que toute la machine UDPS était grippée et son souffle suspendu à celui de son président malade à l’étranger. Quelle est cette démocratie où la vie d’une institution se confond à celle et à celle seule de son président ? Autre exemple : en son absence, on a entendu un joli remue-menage avec des Beltchikains d’un côté et des Mutandiens de l’autre. Au retour du PN[1] on nous annonce que le linge sale est lavé sans que l’on sache trop comment. Il est des charismes dont il ne faut pas tirer vanité. Car il existe ces personnalités que la psychologie appelle « les mangeurs d’énergie. » Certes, ce sont de fortes personnalités, mais dont le rayonnement personnel inhibe ou détruit les autres, un charisme castrant. Mobutu était pareil, paralysant, hypnotisant, tétanisant, d’aucuns diraient envoûtant. Hitler également. C’est inquiétant pour la démocratie. Tshisekedi est-il un démocrate ?

Si demain il devenait président, quel gouvernement aurons-nous ? Une armée de yesmen écrasés par le mangeur d’énergie ou  des ministres libres, audacieux, créatifs ? Les trois mois pendant lesquels il fut premier ministre ont laissé des témoignages inquiétants dans la bouche de ses ministres!

nous aussi nous devons changér

Tshisekedi a changé, tout comme Kamerhe. Il n’y a que les imbéciles qui ne changent, et le peuple n’est pas un imbécile. Donc le peuple a changé. En tous cas, il a appris et la science amène le changement.

Que des fois n’avons-nous entendu le peuple jurer qu’on ne l’y reprendra plus. Il a le sentiment, non sans raison, d’avoir été dupé par les politiciens. Il a voté par naïveté, par sentiment tribal, sans responsabilité, sans rigueur envers les prétendants, et aujourd’hui il s’en mord le doigt, le panier de la ménagère et le sachet du fonctionnaire faisant foi. Mais voilà ce même peuple prêt à donner le bon dieu sans confession au premier politicien qui annonce à grand bruit sa reconversion en disant : accordons-lui une seconde chance ou le bénéfice du doute.

La politique ne se fait pas avec complaisance. Les politiciens savent très bien prendre le peuple (surtout le peuple congolais) par les sentiments et les paroles bibliques semées à tout vent. Regardez ce qui se passe aux Etats-Unis avec Barak Obama, élu de manière historique, qui aujourd’hui se trouve en difficulté malgré toute la sympathie que l’on a pour lui. Le peuple doit être comme un sélectionneur professionnel, sévère et exigeant avec les candidats au mandat électoral. Les grands coachs de football ou de basket par exemple ont compris qu’il ne faut jamais laisser un grand joueur sans concurrent ou sans doublure. Cela va lui monter à la tête et demain il ne manquera pas de dire, comme Mobutu, que c’est le peuple qui lui doit et non l’inverse. Nous devons être comme cette jeune fille, amoureuse oui, mais qui doit bien faire comprendre au soupirant que le oui qu’elle lui donne a été conquis de haute lutte et non cueilli sans effort par un simple regard de Casanova.

Tshisekedi et Kamerhe sont sur la rampe. OK. Au nom de la démocratie, il ne peut plus être question de les laisser persévérer dans leur croyance selon laquelle sans eux rien n’est, source de toutes les dérives autocratiques. Souvenez-vous de Mamale, ce joueur de Motema Pembe, éternel remplaçant jusqu’au jour où Mbiyavanga Maestro, le titulaire habituel, en déplaçant avec l’équipe nationale en Angola manqua sur la liste de l’équipe qui devait affronter l’ennemi V. Club. Mamale prit sa chance et entra dans la grande histoire tandis que Maestro n’existe plus que dans la mémoire des spécialistes.

 

Attendons et annonçons d’autres ambitions.

 

Eteya biso !

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28/12/2010
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