Le Blog de Sacrebopol

JEAN-PIERRE BEMBA

Jean-Pierre Bemba

 

Par Jean-Jacques Arthur Malu-Malu Mushi
BBC Afrique

Jean-Pierre Bemba, 44 ans, est un fils de Jeannot Bemba Saolona, un richissime homme d'affaires qui a fait fortune dans le sillage de l'ancien président Mobutu.

Natif de la province de l'Equateur, dans le nord-ouest de la RDC, Jean-Pierre Bemba passe une partie de sa jeunesse à Bruxelles où il obtient une licence en sciences commerciales et consulaires.

A son retour au pays, au début des années 80, il est associé à la gestion des affaires de son père. Une dizaine d'années plus tard, il crée ses propres entreprises dans les secteurs de l'audiovisuel, de la télécommunication et de l'aviation.

Après le renversement du maréchal Mobutu, le 17 mai 1997, le jeune homme choisit le chemin de l'exil.

Il fait sensation en 1998, en prenant les armes, à la tête du Mouvement de libération du Congo, une organisation rebelle épaulée par l'Ouganda.

Mais le MLC, qui établit son quartier général à Gbadolité, autrefois fief de l'ancien président Mobutu, ne parvient pas à se hisser au pouvoir.

Jean-Pierre Bemba occupe l'un des quatre postes de vice-président au sein du gouvernement de transition formé à l'issue des pourparlers de paix de Sun City et de Prétoria en Afrique du Sud.

Mais à l'approche des élections, certains poids lourds du MLC, qui s'est entretemps mué en parti politique, ont fait défection.

Ses détracteurs le disent ambitieux, autoritaire, coléreux et très nostalgique de l'ère "mobutienne" de triste mémoire.

Plusieurs organisations de défense des droits de l'homme associent le MLC à des atrocités et à des actes de cannibalisme signalés dans la province de l'Equateur pendant la dernière guerre en RDC.

Jean-Pierre Bemba entour� de ses 6 enfants - 145.2 ko

 

L'interview qui a mis le feu aux poudres.

La bataille de Kinshasa a été une surprise pour beaucoup d'entre nous. Une question revenait en permanence dans l'esprit, pourquoi cette attaque et pourquoi maintenant alors que le pays est occupé, le gouvernement vient à peine de se mettre en place et a d'autres chantier plus urgente que la poignée d'hommes assigné à la garde de Jean Pierre Bemba et Ruberwa Azarias. Nous avons reçu la traduction en français de l'interview accordée à la presse nationale par JP Bemba, le dimanche 18 mars, marquant son retour sur la politique.
Traduit de lingala en français par Nouvel élan. Alexis Muyumba ( In Nouvel élan N°178 du mercredi 21 mars 2007)

Le dimanche 25 mars 2007

E niveau des arguments utilisés, la liberté de pensée affiché et la cohérence du discours ont impressionné, les téléspectateurs, et effrayé les tenants du pouvoir. Voilà pourquoi Joseph Kabila et sa bande ont décidé d'éliminer physiquement l'un des rares homme d'état au vrai sens du terme, qui nous reste au Congo. Jean Pierre Bemba pourra et peut perdre la vie, mais il est important pour chacun d'entre nous que son sacrifice ne soit pas vain. A la lecture de cet interview, je n'accepterais plus que l'on traite ce jeune homme de traître à quoi que ce soit. Il a peut-être été naïf, mais ça non plus je ne le crois car s'il l'était, il y a longtemps qu'il aurait été éliminé. Bonne lecture !

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Jean-Pierre bemba Gombo

Presse : Quel est votre état de santé aujourd'hui étant donné que nombreux sont des Congolais qui avaient versé les armes lors des obsèques du cardinal Frédéric Etsou en vous voyant avec des béquilles ?

Jean-Pierre Bemba : J'avais connu un accident comme vous le savez. Mon médecin m'avait demandé d'immobiliser ma jambe pendant 3 mois pour que les os rentrent en place et se consolident. C'est fait et le dernier contrôle de la radiologie a été concluant. Je suis donc bien portant aujourd'hui. Je vais bien marcher et reprendre mes activités d'ici là.

Presse : La population vous reverra en bonne forme comme d'habitude ?

J.P. Bemba : Bien sûr que oui.

Presse : Après les élections, il en est résulte un Premier ministre qui a formé son gouvernement et élaboré un programme qui a été présenté et approuvé à l'assemblée nationale. Mais celui-ci a essuyé des critiques acerbes de la part de Jean-Pierre Bemba et de son parti, contrairement aux bailleurs de fonds qui manifestent un engouement. Pourquoi rejetez-vous ce programme ?

J.P.B : Je fus un des responsables du gouvernement pendant la transition en charge du secteur économique et financier. J'ai la maîtrise et l'expertise de ce secteur dans notre pays. Je vous rappelle qu'à notre avènement en juillet 2003, l'économie était mal en point. Il n'y avait plus de confiance : notre monnaie était au plus bas. Pendant 3 ans, avec l'effort d'autres membres du gouvernement, la barre a été redressée. Il a été noté la reprise des activités économiques et j'ai parcouru le Congo de part en part pour évaluer les problèmes qui se posaient. En parcourant ce programme, je constate qu'il s'agit d'un chapelet d'intentions. Nulle part, il est indiqué où il y aura adduction en eau, desserte en électricité, la réhabilitation d'hôpitaux, de routes, d'écoles, etc. Par où vont-ils commencer, comment et avec quels moyens ? Quels sont les axes prioritaires ? C'est cela le programme. Ce que j'ai parcouru n'en est pas un. A l'allure où vont les choses, il est évident que rien ne va se réaliser.

Presse : Il ressort de ce programme que la lutte contre la corruption est une des propriétés, mais malgré cela vous continuez à soutenir que c'est un chapelet d'intentions ?

J.P.B : Je suis d'accord avec la lutte contre la corruption et la fraude. A notre avènement pendant la transition, le budget de l'Etat était de 350 millions Usd. Celui-ci a atteint 1 milliard Usd grâce à la mobilisation des recettes, à la lutte contre la corruption. Je ne voudrai pas dire qu'il n'y avait pas de corruption pendant la transition, mais le niveau atteint aujourd'hui dépasse tout entendement. Pendant ces 3 mois, la corruption a atteint le sommet de l'Etat. L'argent sort pour acheter publiquement la conscience des politiciens. Vous vous rappellerez ce qui est arrivé lors des élections des sénateurs et gouverneurs de province. L'argent est sorti de la Banque centrale pour acheter les hommes politiques. Les preuves existent. Je ne crois pas en leurs intentions sur la lutte contre la corruption au regard de ce qui se passe. La corruption a atteint le sommet de l'Etat. En bas, on ne peut que suivre l'exemple d'en haut.

Presse : Qu'à cela ne tienne, selon vous, ce programme n'en est pas un. Mais qu'est-ce qui doit être fait ou quel peut être votre apport en tant qu'opposition républicaine pour améliorer la situation dans la mesure où, contrairement à la transition, tous les indicateurs vitaux ont viré au rouge : plus d'eau, de fourniture en électricité, de transport...

J.P.B : Tout ce que vous venez d'énumérer est vrai. Autrefois, on a laissé entendre que le « 1+4 » était mauvais, mais comparativement à la situation actuelle c'est pire. En un mot, le pays n'a pas de dirigeants capables de résoudre les questions de la population. Tout remonte, en effet, à juin 2006 avec la campagne électorale 1er et 2ème tour de la présidentielle qui nous a éloigné de la gestion des affaires de l'Etat. Depuis cette époque, notre monnaie dégringole, les frais de transport, le prix de carburant, sont à la hausse. Aujourd'hui, on frôle la barre de 600 Fc pour un dollar Us, alors qu'en son temps, cela pendant 3 ans, la monnaie est restée stable pour protéger et préserver le pouvoir d'achat de la population.

La première chose à faire pour préserver la population de la misère, c'est de stabiliser et de protéger notre monnaie, de sorte que même les gagne-petit ne soient pas confrontés à la fluctuation de prix. Mais ce qui se passe aujourd'hui dépasse les bornes. Pendant seulement 2 mois, le taux de change est passé de 450 Fc à 600 Fc le dollar Us. L'argent sort du Trésor public, de la Banque centrale sans contrepartie productive. Raison pour laquelle il y a des billets pimpants neufs de 500 Fc sur le marché. C'est l'argent de la corruption. Le réflexe d'une personne à qui on a remis 50 ou 100 000 Usd de corruption, c'est d'aller sur le marché et de le changer à n'importe quel taux. Ceci avec raison, étant donné que c'est de l'argent sans valeur, sans effort. C'est un don, l'argent volé. Si cela perdure, ne soyons pas surpris que le dollar crève le plafond de 1000 Fc. Il n' y a plus de politique budgétaire ni monétaire. En ce qui concerne l'appréciation positive du Programme par les bailleurs de fonds, ceci est bon pour eux et non pour la population congolaise. Ils ne s'occupent pas du pouvoir d'achat du peuple congolais. Quel est le sort des policiers, soldats, fonctionnaires,… qui sont payés en Fc si le pouvoir d'achat chute ? N'oubliez pas que notre économie dépend de l'extérieur étant donné que tout est importé : poulets, poissons, sucre, sel, oeufs, etc. Autrement dit, le prix pratiqué sur le marché dépend de notre monnaie par rapport au dollar Us. Voilà ce qui explique la souffrance des Congolais au regard de l'instabilité de notre monnaie. A propos de 1,4 milliard promis par les bailleurs de fonds, ce n'est pas autre chose que ce qui résulte des accords de Paris entre le gouvernement de la transition et la Banque mondiale en décembre 2003 d'où découle le Dscrp défendu par le ministre Sessanga. Attendons voir ce que le gouvernement actuel va faire de sa propre initiative. D'autant qu'il ne faut pas flouer par la suite la population que telle route, tel hôpital a été réhabilité. C'est l'argent de la Banque mondiale. C'est l'argent négocié avec les bailleurs de fonds pendant la transition.

Presse : Vous voulez dire que le Programme va échouer parce que l'argent viendra plus de l'extérieur, mais le Premier ministre a dit que l'argent pourrait être généré de l'intérieur notamment par les audits ?

J.P.B : J'ai exigé des audits jadis et vous en connaissez les résultats : beaucoup de mandataires ont été pris la main dans le sac.

Presse : Ils n'ont jamais été arrêté ?

J.P.B : Pourquoi ? Parce que dans notre pays il n'y a pas de justice. Les rapports d'audit ont été envoyés au Procureur général de la République. Qu'en a-t-il fait ? Il s'est assis dessus. Si nous continuons de la sorte, rien ne changera. C'est pourquoi il faut lutter contre la corruption à tous les niveaux, mais je n'en vois pas les signaux. Il faut gagner la confiance des opérateurs économiques. Quel message leur adresser pour qu'ils viennent investir au regard du désordre observé : pas de sécurité, corruption au sommet de l'Etat, désordre dans l'appareil judiciaire… Quelle confiance garantir aux opérateurs économiques désireux de venir investir dans notre pays ?

Presse : Ce n'est pas finalement un acharnement de votre part étant donné que vous n'êtes pas au pouvoir ?

J.P.B : Je suis mu juste par la défense des intérêts de la population. J'ai choisi d'être en marge des institutions compte tenu des fraudes et tricheries qui ont caractérisé les élections. J'ai opté pour la paix afin qu'il n'y ait plus de guerre dans le pays. Tout ce que je dis, c'est de par ma petite expérience. Je ne vois rien de sérieux se profiler à l'horizon. Attendons voir.

Presse : En parlant de la corruption, vous avez fait allusion aux élections des sénateurs et des gouverneurs de province. A ce sujet, l'Union pour la Nation avait la majorité dans certaines provinces, dont la ville de Kinshasa. Mais à l'issue de ces élections, vous n'avez gagné que la seule province de l'Equateur ? Quel est votre avis à cet effet ?

J.P.B : Nous nous sommes battus pour l'avènement de la démocratie dans notre pays, pour que le pouvoir émane du peuple et que celui-ci choisisse librement ses dirigeants. Au Bas Congo, à Kinshasa, au Kasaï-Occidental, les bureaux des assemblées provinciales sont entre les mains des membres de l'Union pour la Nation par la volonté des députés provinciaux. Mais comment expliquez que ces mêmes députés foulent au pied leur majorité au moment des élections des sénateurs et des gouverneurs de province. Voilà le résultat de la corruption. Qu'est ce qui s'est passé ? Avec l'argent de l'Etat, le pouvoir a corrompu nos députés provinciaux : 50, 100 mille dollars Us pour acheter leurs voix. Ce qui a fait qu'à Kananga, à Kinshasa, y compris le Bas-Congo, nous avons manqué deux voix. Comment expliquer que les mêmes députés qui ont voté à la majorité pour les bureaux des assemblées provinciales puissent voter autrement pour le sénat et les gouvernorats ? C'est la corruption au sommet de l'Etat. Le pouvoir refuse que l'opposition bénéficie d'un peu d'espace dans notre démocratie, dans notre pays. Nous avons lutté pour la démocratie et non pour l'instauration de la corruption. En réalité, ces gouverneurs ne reflètent pas la volonté du peuple. Quand nos compatriotes du Bas-Congo se sont levés contre cet ordre de chose, la réaction c'était de les tuer. Voilà les résultats de 3 mois de pouvoir : instaurer la corruption au sommet de l'Etat, interdire aux gens de manifester contre la corruption. Que ce soit à Kananga, au Bas-Congo et à Kinshasa, ce n'est pas la volonté du peuple. Ce n'est pas le jeu démocratique, mais plutôt le résultat de la corruption. C'est cela le bilan des élections. Nous avons donc régressé dans notre pays, nous sommes loin de la démocratie. C'est la dictature de l'argent. Pour avoir le pouvoir, il faut l'acheter. Où est la démocratie ? Où est la volonté du peuple, l'exemple de la lutte contre la corruption ? Tout s'est passé au vu et au su de la population. Quel message avez-vous envoyé à l'extérieur pour que les opérateurs économiques viennent investir dans notre pays, maintenant que l'argent a force de loi ? Les choses sont inversées : si tu veux le pouvoir, tu donnes l'argent, mais pas solliciter le suffrage du peuple.

Presse : Ce résultat n'est pas aussi le fait du système électoral ? Pourquoi n'avoir pas voulu que la population élise directement les gouverneurs ?

J.P.B : Nous n'aurions pas accepté ce système si nous avions réalisé que la corruption pouvait émaner du sommet de l'Etat. Nous n'avions pas aussi pensé que les députés pouvaient vendre leurs voix à cause de l'argent. Ils sont là grâce au peuple et ils ne devaient que continuer à exprimer la volonté de celui-ci. Malheureusement, ils ont opté pour leurs intérêts personnels. Nous sommes donc dans un système perverti. Nous avons accepté ce système électoral parce qu'on a soutenu qu'il n'y a pas d'argent pour organiser les élections au suffrage direct. C'est une grande erreur.

Presse : Avez-vous des preuves sur la corruption que vous dénoncez, d'autant que dans l'autre camp l'on soutient que les gouverneurs ont été élus sur base de leurs programmes ? Aussi, l'opinion voudrait-elle savoir si c'en est fini avec la ville de Kinshasa étant donné que vous avez été débouté depuis la Cour d'appel jusqu'à la Cour suprême de justice ?

J.P.B : Nous n'avons pas baissé les bras en ce qui concerne Kinshasa. Je ne peux dévoiler ici nos stratégies. Nous irons jusqu'au bout conformément aux lois du pays. C'est notre droit, le droit du peuple. A Kinshasa, par exemple, tout le bureau de l'assemblée provinciale est entre les mains de l'Union pour la Nation même si le Mlc est majoritaire. Il en est de même à Kananga, à l'Equateur. C'est ici que je pose la question de savoir comment les mêmes députés qui ont voté les membres des bureaux se sont comportés autrement pour les sénateurs et les gouverneurs de province. Il n'y a pas eu seulement la corruption, mais aussi des menaces. A Kinshasa, les chefs coutumiers ont été menacés. C'est le cas aussi à Kananga. On a dépêché des soldats par avion à Mbuji-Mayi avec de l'argent. Ceux-ci ont corrompu les députés provinciaux et les ont menacés publiquement dans la salle au cas où le résultat n'était pas en faveur du pouvoir. A Kananga, les chefs coutumiers ont été instruits par téléphone de soutenir le candidat gouverneur du pouvoir, sous risque de perdre leur pouvoir. C'est ça la démocratie ?

Presse : Les élections ont généré la question de nationalité dans le Kasaï, question qui a suscité des débats houleux à l'assemblée nationale et qui s'est soldée par un moratoire. N'est-ce pas un échec pour votre parti, le Mlc, qui en était à la base ? Par ailleurs, qu'en est-il aujourd'hui de l'Union pour la Nation. Existe-t-elle ou pas au regard du fait que le Mlc et ses alliés ne cessent de se rejeter la responsabilité quant à l'échec aux élections ?

J.P.B : En ce qui concerne la nationalité, le Mlc s'en était fait champion car le pouvoir avait qualifié les candidats Mlc d'étrangers. Nous avons voulu vider cette question en voulant savoir, du sommet à la base, qui est étranger. Devant notre attitude, le pouvoir a eu peur et a demandé que la situation reste figée. Réaction à laquelle nous n'avons pas accédé étant donné que nous voulions l'institution d'une commission d'enquête afin d'établir qui est étranger qui ne l'est pas. Mais le pouvoir a plaidé pour un moratoire. A ce sujet, je voudrai qu'on y voie clair. C'est la loi. Où avez-vous vu qu'il y ait moratoire sur la loi alors que celle-ci existe ? Ce qui est grave c'est que ceci émane de l'institution qui légifère. Il faut appliquer la loi, c'est après que celle-ci pourrait être changée. Où avez-vous vu les gens fouler aux pieds la loi en faveur d'un moratoire ?

En ce qui concerne l'Union pour la Nation, elle existe. D'ici peu, nous allons organiser les états généraux pour la restructuration, la définition des nouveaux objectifs et permettre l'adhésion de toutes les forces politiques et sociales désireuses de défendre les intérêts du peuple congolais.

Presse : Pour revenir aux évènements du Bas-Congo, vous avez été présenté comme commanditaire ?

J.P.B : Ce gouvernement ne débite que des mensonges. Nous avons une lettre du gouverneur Mbadu demandant l'envoi de 300 soldats ; lettre qui sera versée à la commission d'enquête. Pourquoi devons-nous envoyer les militaires ? Ai-je des militaires à envoyer là-bas ? Ce n'est pas à mon initiative que nos compatriotes ont sollicité l'organisation d'une marche. Ils ont voulu protester contre la corruption, parce que voulant que les membres de l'UN gèrent leur province. Ils n'acceptent que le Bas-Congo soit géré de nouveau par des gens qui l'ont mis en moule. C'est cela la vérité. Attendons le rapport d'enquête. Si vous vous mettez à suivre les racontards du gouvernement, vous allez vous perdre.

Presse : Mais une opinion laisse entendre que c'est par manque de stratégies que l'UN a perdu les élections ?

J.P.B : Ce n'est pas par manque de stratégies, c'est plutôt la corruption. Malheureusement, beaucoup d'hommes politiques, de députés, n'ont pas le sens de l'honneur, de la parole donnée. Beaucoup sont faibles devant l'argent, alors que la politique requiert la conviction. Voilà pourquoi le pouvoir s'en moque et les achète. Ce n'est pas un secret. Comment quelqu'un qui était à pied est propriétaire aujourd'hui d'une jeep, celui qui était locataire est propriétaire d'une grande maison ? Il faut lui demander l'origine de tout cela. Si la justice existait dans notre pays, ils allaient être poursuivis. D'autant que, par soupçon, un magistrat pouvait s'intéresser à leurs acquisitions. S'il y avait la justice, ces histoires n'allaient pas se faire comme dans d'autres pays. Ce n'est pas une question de stratégies. Dans 4 provinces, nous avons la majorité. C'est dire que les stratégies ont été bien montées. Ceux qui sont aujourd'hui présidents et vice-présidents des assemblées provinciales ne l'ont pas été avec leurs propres voix, c'est avec les voix de l'UN. Quand ils ont vu l'argent, ils ont perdu la raison.

Presse : Avant même la campagne électorale, le Mlc s'était fait champion de la défense de l'intégrité du territoire national. Mais présentement, le drapeau angolais flotte à Kahemba. Qu'en est il de cette situation ?

J.P.B : Je suis peiné et attristé que les dirigeants du pays vendent notre pays aujourd'hui. Qui ignore que Kahemba est au Congo ? Qui ne connaît pas les bornes qui ont servi au partage entre les Belges et les Portugais ? Les archives sont là. Les députés de Kwango, du Bandundu, viennent de rentrer de Kahemba. Il faut leur demander les mésaventures qu'ils ont connues. Les chefs coutumiers, de groupement, propriétaires terriens, sont là. Ils les ont rencontrés. Nous sommes surpris d'apprendre aujourd'hui de la part des autorités que Kahemba n'est pas au Congo. Donc pour y aller, il nous faut un visa, un passeport. Ce qui m'attriste c'est le fait que j'ai révélé tout ceci en son temps. J'ai révélé tout ce qui va se passer dans notre pays. On va vendre notre territoire. C'est une réalité aujourd'hui. Si on n'y prend pas garde, ce n'est pas seulement Kahemba que nous allons perdre. A Kabungu, dans le territoire de Kamonia (Ndlr : territoire de Tshikapa, Kasai-Occidental) , il y a risque qu'on le vende cette potion de terre d'ici là. Il en sera pareil dans le Katanga et dans le Kivu. Cette situation est grave. C'est une haute trahison vendre le territoire national. C'est une haute trahison dans le chef des autorités du pays. Ça ne se fait jamais. Même s'il y a des problèmes entre pays, il n'est pas question d'envoyer des soldats pour une confrontation. Avant d'en arriver là, nous pouvions aller à la Cour internationale de la justice, aux Nations Unies, à l'instar du Nigeria et du Cameroun au sujet de la presqu'île de Bakassi. Le Cameroun est allé jusqu'à la Cour internationale de la justice, aux Nations Unies. C'est après 11 ans de procédure que le Cameroun a eu raison du Nigeria. Mais quant à nous, nous décidons de concéder le territoire. Où est le nationalisme, le respect de la prestation de serment, la défense de l'intégrité territoriale ? Vendre une portion du territoire national : notre patrimoine, la terre de nos ancêtres ? J'avais prédit tout cela. Malheureusement ça s'est fait. Ce qui m'étonne encore, c'est que le chef du gouvernement est originaire du Bandundu, le théâtre des opérations. Il ne dit mot et accepte de perdre sa terre. Ça me trouble. A-t-il accepté cette situation, que Kahemba n'est pas une partie du territoire national ? A-t-il accepté que l'on perde ces 11 villages ? Il doit se prononcer sur cette question. S'il réalise que c'est un complot, qu'il démissionne. Nos compatriotes à Kahemba larmoient. Ils demandent à ce que le gouvernement prenne ses responsabilité s. Que deviennent ces enfants qui étaient sur les bancs de l'école. Leurs écoles, habitations, sont confisquées. C'est pitoyable pour nos populations.

Presse : Que pensez-vous faire ensemble avec ceux qui sont au gouvernement pour qu'un centimètre carré de notre pays ne puisse être cédé ? En plus de la contradiction entre les ministres d'Etat congolais en charge des Affaires étrangères et de l'Intérieur, il y a une opinion qui pense que les Angolais se sont payés ?

J.P.B : En tant qu'opposant, je ne peux que dénoncer ce complot. Si j'étais au pouvoir, ma démarche allait être tout autre. Je devais d'abord rencontrer le président Dos Santos, notre frère et père, pour lui demander s'il est au courant que ses soldats sont au Congo. Par la suite, je devais mettre à la disposition des Angolais les archives datant de l'époque des Belges et des Portugais. En cas d'incompréhension, je devais aller voir le Secrétaire général des Nations Unies, l'impliquer pour qu'il convainque nos frères angolais pour s'être trompés, s'être fait trompés ou avoir fait une erreur. Enfin et le cas échéant, je devais aller à la Cour internationale de la justice pour cette affaire soit tranchée à l'image du Nigeria et de Cameroun. Voilà qui devait être la démarche pour défendre les intérêts du pays et non produire des communiqués alambiqués pour flouer le peuple congolais en voulant lui faire voir noir là où c'est blanc. Les dirigeants ne peuvent pas nous tromper. Les députés du Kwango, y compris ceux de l'Amp, étaient à Kahemba et ont signé une déclaration. Ne connaissent- ils pas aussi leur terre ? C'est irresponsable. C'est la haute trahison.

Presse : Au sujet de Kahemba, c'est comme s'il y a arrangement entre les 2 gouvernements. Il y a risque que la situation reste telle quelle et que l'on perde définitivement cette partie du territoire car dans notre pays, comme ailleurs en Afrique, les dirigeants ne s'émeuvent pas de dénonciations. N'y a-t-il pas autre manière d'agir en ce qui vous concerne que la dénonciation ?

J.P.B : Dans notre pays, il y a d'une part l'opposition et d'autre part le pouvoir qui gère les affaires. L'opposition ne gère pas, il contrôle le pouvoir avec des moyens bien indiqués. Dans l'assemblée nationale, nous sommes minoritaires et n'avons pas de ministres au gouvernement. Comme nous n'avons pas de pouvoir, nous ne pouvons que subir. Mais cela n'est pas une occasion pour nous taire. Nous attendrons jusqu'au moment où le peuple nous donnera le pouvoir pour pouvoir organiser et améliorer les choses. En attendant, nous ne pouvons que dénoncer.

Presse : Aujourd'hui, vous ne faites que dénoncer, mais une personne peut faire recours aux armes. Conséquence : tout ce qui est fait, y compris les élections, tombe dans l'eau ?

J.P.B : Ça dépend du choix d'un tout chacun. En 1997, j'ai pris mes responsabilité s vis-à-vis du pouvoir qui était en place que je n'acceptais plus.

Presse : Soutenez-vous le recours aux armes, que les fils de Kwango se rebellent ?

J.P.B : Je n'ai pas dit que les fils du Kwango doivent se révolter. Que peut faire quelqu'un qui en a ras-le-bol ? Qu'il se tue ?

Presse : Les Congolais aspirent à la paix, mais est-il que celle-ci est loin d'être acquise. Quelle vision avez-vous en général de la sécurité, un de vos 3 thèmes de campagne, dans le Bandundu, Bans Congo, à Kinshasa, dans le Kivu, en Ituri… ?

J.P.B : La sécurité est quelque chose d'important si vous tenez à développer votre pays, à ce que la population soit sereine et vaquer à ses occupations, que les investisseurs viennent. Pourrions-nous dire aujourd'hui que la voie empruntée après les élections peut nous conduire à la paix ? Observez la situation en Ituri, dans le Kivu, présentement à Kahemba. D'autres veulent provoquer des troubles à Kinshasa. Ce n'est pas une voie qui peut conduire à la paix.

Presse : Regrettez-vous maintenant les élections ?

J.P.B : Non. Je me suis battu pour la démocratie et étions dans la transition, voire depuis Lusaka, pour l'organisation des élections. Cependant, ce que le gouvernement devait faire c'est rétablir la paix et la sécurité sur toute l'étendue du pays. Est-ce qu'au jour d'aujourd'hui il y a la sécurité au Nord Kivu, en Ituri, à Kahemba, dans le Bandundu ? Est-ce que les gens ont la paix ? La sécurité n'est pas l'apanage de l'opposition, mais plutôt du pouvoir. Est-ce à Kinshasa, dans le Bas Congo il y a la sécurité ?

Presse : Jeudi passé, il y avait la panique à Kinshasa étant donné qu'il était question du désarmement de votre garde. Selon une certaine opinion, vous avez refusé catégoriquement cette opération et mis en garde celui qui oserait. Qu'en est-il de cette question ?

J.P.B : D'entrée de jeu, n'oubliez pas qu'on attenté 3 fois à ma vie. Le 21 août 2006, on a dépêché des chars avec les soldats pour venir me tuer à ma résidence où j'étais avec 14 ambassadeurs. Au mois de novembre, ils sont revenus à la charge. Pour la 3ème fois, vous avez suivi qu'un de mes gardes rapprochés a été approché par les gens du pouvoir (les généraux et autres autorités) pour commanditer le bombardement de ma maison. C'est la 3ème fois qu'il cherche ma tête. Ils essaient maintenant pour que la 4ème fois. Au lieu de rétablir la sécurité ailleurs, ils oublient qu'il y a des accords signés sous l'égide des Nations Unies entre mon représentant et celui du président Kabila. Souvenez vous qu'à la veille de proclamation des résultats du 2ème tour, il y avait une forte tension dans le pays et des populations allaient se révolter. C'est ainsi qu'il y a eu ces accords qui stipulent que le gagnant va garantir au perdant la sécurité rapprochée appropriée. Il y a ces accords pour lesquels je n'entends nullement transiger. On envoie des militaires encercler ma maison et on les positionne au cimetière, est-ce qu'il y a un ennemi dans cette ville ? Ils connaissent là où il y a l'ennemi. Le chef d'état-major général doit envoyer des militaires en Ituri, à Kahemba. Nous sommes tranquilles et nous ne dérangeons personne. Est-ce que l'ennemi est dans cette ville ? Sur base des accords, nous restons figés. D'autant plus qu'à 3 reprises, maintenant c'est la 4ème fois, on veut attenter à ma vie. Ils cherchent ma tête et ils ne l'auront pas. En ce concerne le chef d'état-major, que veut-il nous faire voir alors qu'il n'a pas fait face en Ituri, dans le Kivu et à Kahemba ? Son travail, ainsi que je le lui avais répété à 3 reprises au Conseil supérieur de la défense, c'est d'encadrer les militaires. A 3 reprises je lui ai demandé de nous donner la situation de 500 000 000 Fc résiduels chaque mois sur l'enveloppe de la solde militaire. Au début de la transition, il nous avait dit qu'il y avait 350 000 militaires et à la fin 117 000 après le contrôle. Avec ces chiffres, il ressortait de mes calculs que sur les 2,800 milliards Fc qu'on débloquait pour la solde des militaires, il se dégageait un bonus de 500 millions de Fc qui n'étaient pas retournés au Trésor. En présence d'autres vice-présidents de la République, de tout l'état major et du président de la République, il n'a pas su me répondre. Et moi de lui signifier que c'est un détournement. Voilà le travail qu'il devait faire : payer aux militaires une bonne solde, ne pas s'accaparer de la solde des militaires. Est-ce que les frais de fonctionnement, 600 000 Usd chaque mois pour assister, des divisions aux bataillons, des soldats en cas de maladie ou de décès, arrivent à destination ? C'est à ces genres de choses que je l'invitais pour améliorer son travail au lieu de s'acharner sur ma garde et nous insécuriser comme s'il y avait l'ennemi ici. Le peule a besoin de la sécurité. Dans la ville ici, nous avons besoin de la sécurité. Que le chef d'état-major et ses gens s'abstiennent de chercher ma tête.

Presse : Que ressentez-vous maintenant alors qu'en son temps vous étiez prêt à troquer votre veste contre le treillis pour défendre l'Est du pays ?

J.P.B : Beaucoup de pincements au coeur. D'autant que nous n'avons plus personne de capable au pouvoir pour défendre les intérêts du pays, des Congolais.

Presse : Quelle est l'issue ?

J.P.B : Le peuple n'a pas que les dirigeants qu'il mérite. Ce qui arrive aujourd'hui a été révélé solennellement pendant la campagne, mais le peuple a fait son choix. Attendons voir jusqu'où nous allons aller.

Presse : Vous venez de parler de la sécurité, mais la population voudrait savoir ce que vous entendez par opposition républicaine ? Que faire pour que toutes ces gens croient toujours en vous ?

J.P.B : Nous devons rester vigilants sur tout ce qui se passe dans notre pays. Nousne pouvons que dénoncer si les actions du gouvernement ne sont pas en faveur de notre peuple. Nous ne nous fatiguerons pas pour défendre les intérêts de notre population. D'autre part, le peuple doit savoir défendre ses intérêts. Il ne doit pas se taire et a droit de s'exprimer. Il va s'exprimer, selon la Constitution, par des manifestations, grèves, etc. Ce sont les expressions démocratiques. Pour notre part, nous continuerons à le guider en ce qui concerne ses intérêts et ceux du pays.

Presse : Votre mot de la fin ?

J.P.B : En guise de mot de la fin, j'aime mon pays et mon peuple. Je ne me tairai jamais devant toute situation bizarre qui ne cadre pas avec nos intérêts. D'ici peu, je participerai aux séances du sénat pour ainsi être dans le bain de notre vie politique au travers des activités de cette institution.

Source MLC 25 mars 2007 12 :50 :43

©La Conscience


 

Jean-Pierre Bemba, une carrière en danger

Face à des maux endémiques tels que le trafic d'armes, le commerce illicite, le pillage des ressources ou les rebellions menées par des aventuriers, il faut organiser la riposte." Cette phrase prononcée par Jacques Chirac dans son discours d'ouverture du XXIIème Sommet France-Afrique, le 20 février 2003 à Paris, a certainement été répercutée jusqu'à Gbadolite, aux confins septentrionaux du Congo démocratique. Mais nul ne sait si le maître des lieux de l'époque, Jean-Pierre Bemba Gombo s'était personnellement senti visé.

Le lundi 15 mars 2004

EMBA, c'est d'abord un nom de famille. Ce patronyme appartient désormais à l'histoire du Zaïre devenu Congo démocratique. Millionnaire flamboyant de l'époque mobutiste, Jeannot Bemba Saolona s'est aujourd'hui effacé malgré lui au profit de son fils, Jean-Pierre Bemba Gombo, businessman reconverti à la rébellion anti-Kabila avec plus ou moins de bonheur, puis revenu à la non-violence à la faveur de la signature, en décembre 2002 en Afrique du Sud, de l'Accord global et inclusif, et depuis devenu vice-président de la RD Congo. Il faut reconnaître qu'après quatre ans passés dans le maquis, le chef de guerre voyait alors sa popularité s'émousser. Au point de passer pour un criminel de guerre.

Pourtant, le 17 décembre 2002, Jean-Pierre Bemba semblait être arrivé au bout de son combat. En signant les accords de Pretoria portant sur la mise en place d'un régime de transition en RD Congo, le chef du Mouvement pour la libération du Congo, MLC, était assuré d'obtenir un poste de vice-Président de la République.

Et de pouvoir briguer la magistrature suprême quelques mois plus tard. Mais dès le 26 décembre de la même année, les combats reprenaient de plus belle dans le district de l'Ituri, Province Orientale, dans Nord-Est de la RD Congo. Alertée par les plaintes des populations victimes d'exactions, la mission des Nations unies en RD Congo, Monuc, a diligenté une enquête qui n'a pas tardé à confirmer les accusations portées contre les milices. Pendant quinze jours, les habitants de Mambasa ont été victimes de viols, de mutilations et d'exécutions sommaires.

Des actes de cannibalisme ont même été perpétrés par les rebelles, accusait-on. Du côté du MLC, protestations indignées. Mais à la mi-janvier 2003, le Conseil de sécurité des Nations unies s'est saisi du dossier par la voix de son président du moment, l'ambassadeur français Jean-Marc de la Sablière, qui a personnellement interpellé le chef du MLC pour lui rappeler ses devoirs à l'égard des populations civiles sous son contrôle. De son côté, le gouvernement congolais profitait de l'occasion pour discréditer un peu plus le MLC en annonçant, le 17 février, son intention de saisir la Cour pénale internationale. Cpi, pour juger les « crimes odieux » commis par les hommes de Bemba dans l'Ituri.

Les accusations portées contre Bemba ne se limitaient d'ailleurs pas à la rive gauche de l'Oubangui. De l'autre côté du fleuve, en terre centrafricaine, le MLC n'a pas non plus bonne presse. Dans un rapport publié le 13 février 2003 sur la situation à Bangui, la Fédération internationale des Ligues des droits de l'homme, Fidh, mettait à son tour gravement en cause le président du MLC : « Il existe des éléments de preuve suffisants pour établir la responsabilité pénale internationale individuelle de Jean-Pierre Bemba, en tant que supérieur hiérarchique, pour les crimes de guerre commis par ses subordonnés ».

L'enquête adressée au procureur de la Cpi a été réalisée dans la capitale centrafricaine fin novembre 2002... soit tout juste un mois après la tentative de coup d'Etat du général François Bozizé contre le régime d'Ange-Félix Patassé. Venus prêter main forte au pouvoir en place, les "Congolais" de Bemba sont accusés d'avoir perpétré de multiples crimes contre les habitants. Des témoignages de victimes imputant formellement aux hommes du MLC des pillages systématiques, des viols et des meurtres, émaillent ce rapport. De plus en plus montré du doigt. Bemba fait l'objet de la première plainte pour crimes de guerre jamais déposée par la Fidh devant la Cour pénale internationale, Cpi. Une première dont il se serait bien passé. D'autant que si les statuts de la Cpi n'ont pas encore été reconnus par tous, ils ont été ratifiés par la Centrafrique dès 2001.

Chef de guerre sans états d'âme, Bemba faisait désormais partie, aux yeux de l'opinion internationale, du clan des "prédateurs." Une catégorie qui, de l'Angolais Jonas Savimbi au Sierra Léonais Foday Sankoh, regroupe les pires seigneurs de guerre. Mais, contrairement à bien des maquisards, Bemba est avant tout un pragmatique. Homme d'affaires averti, il affiche plus un parcours de fils de « bonne famille » que de révolté. Né en 1962, Jean-Pierre Bemba a passé l'essentiel de sa jeunesse hors du pays. Dès mon jeune âge, mes parents m'envoient en Belgique pour étudier », raconte-t-il dans Le Choix de la liberté, ouvrage dans lequel il retrace la courte histoire du MLC.

« De Bruxelles à Liège » en passant par Braine-le-Comte, mon enfance est rythmée par les vacances au Zaïre ». Issu d'une famille de commerçants de la province de l'Equateur, il suit tout naturellement une formation de gestion à l'Institut catholique des hautes études commerciales, Ichec, à Bruxelles. Il en sort licencié en Sciences commerciales et consulaires. Ces années d'étudiant lui permettront également de créer des liens avec les jeunes Zaïrois qui fréquentent l'Institut. Certains d'entre eux, comme Olivier Kamitatu, l'actuel président de l'Assemblée nationale congolaise, le suivront plus tard dans le maquis.

Né « avec une cuillère en argent dans la bouche », Bemba va profiter de la fortune familiale pour se lancer dans les affaires dès son retour au pays dans les années quatre-vingt. Son père, Jeannot Bemba Saolona, est une éminente personnalité du sérail mobutiste. Président du patronat zaïrois, il dispose d'une fortune personnelle colossale et de multiples intérêts dans les secteurs les plus variés. Ses activités sont regroupées au sein de la Scibe (Société commerciale et industrielle Bemba), groupe polyvalent spécialisé dans l'import-export de produits alimentaires, le transport aérien ou encore le commerce des minerais précieux.

Au début des années 90, la Scibe est soupçonnée d'offrir ses services à l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola, Unita, mouvement rebelle de Jonas Savimbi alimenté par le trafic international de diamants. Malgré l'embargo de l'Onu, le groupe contribue massivement à l'approvisionnement de la guérilla angolaise... qui paye ses kalachnikovs rubis sur l'ongle.

Bemba fils réinvestit les bénéfices dans des secteurs d'avenir, comme l'audiovisuel avec la chaîne de télévision Canal Kin, et la téléphonie mobile avec Comcell. Fils d'un baron du régime, Jean-Pierre ne tarde pas à intégrer lui-même le premier cercle du pouvoir. Très vite, ses affaires deviennent une affaire de famille. Sa jeune sœur a épousé Nzanga Mobutu, le fils aîné du président de la République. Et lui-même s'est marié avec Lilya, une fille de Mobutu. Sa belle-mère, Maman Bobi Ladawa, a toujours apporté au clan Bemba sa discrète protection.

Bemba junior évolue dans l'ombre de Mobutu et gagne sa confiance. Le vieux dictateur n'est pas mécontent d'avoir à ses côtés ce jeune homme brillant et lui assigne des missions délicates. Celui-ci devient le relais entre le "Léopard", sa cour et les généraux. C'est ainsi qu'il se lie avec les faucons du régime, en particulier les généraux Nzimbi et Baramoto, respectivement patron de la Sécurité présidentielle et commandant de la fameuse Division spéciale présidentielle, Dsp. Mais Jean-Pierre Bemba refusera toujours de quitter les coulisses du pouvoir pour jouer un quelconque rôle officiel.

Alors que tout semble lui sourire, le vent de l'Histoire va rapidement tourner. Le 17 mai 1997, les troupes rwandaises entrent dans Kinshasa, offrant le pouvoir au chef rebelle Laurent-Désiré Kabila.

Dans le camp mobutiste, c'est le sauve-qui-peut. Quelques-uns choisissent de rester. C'est notamment le cas de Bemba père, qui opte pour la collaboration avec le nouveau régime. Un choix qui lui coûtera cher. Poursuivi par l'Office des biens mal acquis, Obma, il est emprisonné à plusieurs reprises. Et paye plusieurs centaines de milliers de dollars de caution pour retrouver une quiétude toute relative.

Pendant ce temps, son fils, qui a quitté le pays avant que Kabila prenne le pouvoir, continue de faire des affaires. Vivant entre Bruxelles et Faro, au Portugal, il semble s'être résigné à l'exil. En août 1998, un brutal retournement d'alliance conduit les Rwandais à livrer bataille contre celui qu'ils ont porté au pouvoir un an plutôt. Kampala fait front avec Kigali. Au cours d'un voyage en Ouganda, Bemba fait la rencontre de Yoweri Museveni. Le président ougandais l'encourage à rejoindre le Rassemblement congolais pour la démocratie, Rcd, qui a allumé un foyer de rébellion à Goma. Même conseil de la part du Rwandais Paul Kagame, qui le reçoit le 12 septembre 1998 à Kigali. Après mûre réflexion, Bemba finit par franchir le Rubicon. Mais pour son propre compte.

La naissance du MLC sera plutôt discrète. Recrutées et entraînées à Kisangani, ses troupes engrangent leurs premiers succès en novembre 1998. Aux confins de l'Equateur et de la Province Orientale, Bemba fils se taille un fief et va reconquérir, par la même occasion, les terres familiales. Le clan y exerce une très forte influence sur l'ethnie ngbaka, qui constituait, avec les Ngbandi - l'ethnie de Mobutu Sese Seko -, l'armature des Forces armées zaïroises, Faz Bemba fils n'a donc eu aucun mal à recruter d'anciens membres de ces Faz pour faire le coup de feu contre les hommes de Kabila.

La guerre de l'Equateur se mue alors en drame shakespearien. Dès l'entrée de son fils en rébellion, Bemba Saolona l'invite publiquement, « pour autant qu'il se reconnaît comme mon fils », à mettre fin à son aventure. En vain. Le MLC n'a aucunement l'intention de déposer les armes. A 37 ans, Jean-Pierre Bemba Gombo a bel et bien « tué le père ». Au sens freudien du terme. Quatre mois plus tard, le 14 mars 1999, Kabila fait entrer Bemba Saolona au gouvernement, avec le portefeuille de l'Economie et de l'Industrie. Réagissant à la nomination de son père, le chef du front de l'Equateur est on ne peut plus clair : « C'est son affaire et cela ne me concerne pas. Une seule chose m'intéresse : la poursuite de la guerre centre Kabila ».

Les liens familiaux n'ont donc pas résisté aux démons du pouvoir. Les Bemba se retrouvent dans deux camps opposés. A Gemena, le fils s'est installé dans la propriété paternelle, au milieu des plantations de café, qu'il continue de faire fructifier. Certains qualifient toutefois la brouille entre les deux hommes de « poudre aux yeux » : « Le père et le fils, l'un à Kinshasa et l'autre à Gbadolite, travaillent tous deux pour la même cause, l'entreprise familiale, estime un opérateur économique. Et réussissent à ménager la chèvre et le chou ».

La plus belle victoire du MLC arrive en juillet 1999, au moment où rébellion et gouvernement discutent à Lusaka des termes d'un hypothétique cessez-le-feu. La nouvelle fait l'effet d'une bombe : Bemba a pris Gbadolite ! Ce gros village situé à quelques encablures de la Centrafrique fut pendant plus de trente ans la tanière du « Léopard ». Il devient la capitale du MLC, qui s'octroie du même coup le contrôle de l'Equateur. Plus qu'un symbole, c'est la confirmation de la relation quasi filiale que le chef du MLC entretient avec l'ancien régime, auquel il doit sa fortune. Autour de lui gravitent plusieurs dignitaires mobutistes : l'ancien Premier ministre Vincent de Paul Lunda Bululu, l'ex-ministre des Finances Alexis Thambwe Mwamba - actuellement ministre du Plan -, et surtout l'ancien conseiller privé de Mobutu, Seti Yale... Auxquels s'ajoutent les généraux Nzimbi et Baramoto, soupçonnés de soutenir le MLC.

Loin de vouloir lever l'ambiguïté, Bemba semble tirer parti de ce lien politique en surfant sur la nostalgie d'un passé que regrette une part croissante de la population. De sa fréquentation des hautes sphères politiques. Bemba a conservé des réflexes volontiers autoritaires. Il n'est pas rare que l'homme d'affaires en treillis dirige lui-même les manœuvres. « Exigeant envers ses lieutenants, le chairman manque parfois de souplesse et de patience, dit-on de lui. Il supporte mal d'être contredit, se cuirasse centre le doute ». Quitte à se débarrasser de ceux qui l'ont fidèlement servi. S'il garde le contrôle sur les affaires militaires, Bemba n'hésite pas à déléguer l'action diplomatique du MLC. Envoyant ses missi dominici à New York. Bruxelles, Paris ou Pretoria, il quitte peu son fief, même si les soirées sont parfois un peu longues à Gbadolite. En 2002, les services de renseignements belges ont intercepté une conversation entre lui et l'un de ses proches, à Bruxelles. Le chef rebelle demandait à son interlocuteur de lui envoyer « par porteur spécial » des jeux électroniques pour Gameboy et PlayStation.

Parallèlement à ses activités politiques, Bemba est également soupçonné de poursuivre son « business ». La province de l'Equateur n'a pas échappé à la mise en coupe réglée de la RD Congo dénoncée par le Conseil de sécurité de l'Onu. Dans le Nord-Est du pays, l'or et les diamants, mais aussi le café et le bois, alimentent des trafics supervisés par les membres du haut-commandement militaire ougandais. Le général Salim Saleh (jeune frère du président Yoweri Museveni), ainsi que le chef d'Etat-major, le général James Kazini, en seraient la clef de voûte. Pour les enquêteurs onusiens, ces deux hommes seraient notamment associés à Jean-Pierre Bemba.

Enfin, dernier volet de l'activité sulfureuse du MLC, l'intervention des hommes du Chairman dans le marigot centrafricain est venue jeter encore un peu plus d'huile sur le feu. Tous deux riverains de l'Oubangui, Ange-Félix Patassé et Jean-Pierre Bemba ont entretenu bien plus que des relations de bon voisinage. Pour le MLC, Bangui représentait une base arrière indispensable tant pour ses approvisionnements en armes que pour les exportations de diamants et de café. A plusieurs reprises, les boys du MLC ont prêté main forte au régime de Bangui menacé par les putschs à répétition. De la tentative de coup d'Etat du général Kolingba, le 28 mai 2001, à celle de l'ex-chef d'état-major, le général André Bozizé, le 25 octobre 2002, les troupes du MLC ont apporté, aux côtés du contingent libyen, un soutien décisif aux Forces armées centrafricaines en pleine déconfiture. Qui plus est, au moment où les forces de Tripoli ont fait leurs paquetages pour rejoindre leurs pénates, le MLC a carrément assuré la relève des unités d'élite libyennes. Il aurait même bénéficié de livraisons d'armes dans la localité congolaise de Zongo, située à quelques encablures de la capitale centrafricaine.

Si le régime de Patassé, avant de s'écrouler sous les coups de boutoir de François Bozizé, considérait le MLC comme son assurance survie, la présence d'éléments rebelles congolais agaçait alors. A commencer par la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale, Cemac, qui avait dépêché une force d'interposition en Centrafrique. Paris, pour sa part, appréciait très modérément cette intrusion dans sa sphère d'influence. Quant aux Américains, ils observaient d'un très mauvais œil les liaisons dangereuses entre Bemba et Kadhafi.

A la tête d'une troupe de 15000 à 20.000 hommes, le Chairman disposait, au cœur de l'Afrique centrale, d'une influence grandissante. Et inquiétante, Coupables d'exactions, les soudards du MLC se posaient en faiseurs de rois.

Accusé de crimes de guerre, le chef du MLC, lui, dénonçait un procès d'intention : « La France n'a jamais avalé notre intervention en Centrafrique, et je défie qui que ce soit de dire que Jean-Pierre Bemba a violé une seule fille en Centrafrique, et je défie qui que ce soit de dire que j'ai donné l'ordre d'aller violer ». Et, de l'avis de nombreux observateurs, les accusations qui pesaient sur les mouvements rebelles congolais risquent de rendre leurs dirigeants inéligibles, plus tard, à des fonctions officielles.

Alors, comme s'ils avaient senti le vent tourner, certains ont choisi de prendre leurs distances. C'est notamment le cas de Papy Kibonge, l'un des fondateurs du MLC, comme le rapporte le quotidien belge Le Soir. Kibonge accusait Bemba « de gérer comme sa propriété privée tant le MLC que les territoires qu'il contrôle, d'utiliser les populations civiles comme boucliers humains et de n'avoir jamais acheté le moindre équipement avec les sommes prélevées sur le terrain, armes et munitions ayant été fournies par l'Ouganda. « Allant plus loin, il assurait que si Bemba s'est lancé dans la guerre, c'était d'abord pour se « refaire financièrement ». Bref, la perspective de voir la justice internationale se pencher sur le MLC encourageait à délier les langues et suscitait des défections. Mais il reste à savoir si Bemba sera bel et bien poursuivi pour les atrocités commises par les hommes du MLC, que l'on s'emploie depuis à dissimuler. Le Chairman d'ores et déjà menacé de se retirer du processus de paix congolais si la crise saisissait de son cas, signale-t-on.

Businessman devenu seigneur de guerre. Bemba aurait pu choisir de vivre entre Bruxelles et Johannesburg une existence paisible de goldenboy. Pourquoi avoir alors préféré l'exil intérieur de Gbadolite ? « Jean-Pierre a aussi des convictions. Libéral convaincu, il a vraiment des ambitions pour le Congo », martèle l'un de ses proches. Affairiste ou nationaliste ? Sans doute un peu des deux. Mais en s'imposant à la tête d'un territoire plus grand qu'un Etat, Bemba a goûté au pouvoir absolu. Aujourd'hui qu'il participe au gouvernement de transition, on se demande ce qu'il adviendrait si la Cour pénale internationale envisageait de le poursuivre pour crimes de guerre. Le moins que l'on puisse dire est qu'il se retrouverait dos au mur. Et pourrait choisir, dangereux comme un fauve blessé, de se retrancher dans son fief pour mener son combat jusqu'au bout.

© Jeune Afrique l'Intelligent 15.03.2003

 

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11/02/2008
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